Les bases de la pêche au Quiver, selon David Schilt,1er sujet: les cannes

 

Généralités

 

La pêche au quiver/feeder, aussi considérée comme pêche à la plombée est aujourd´hui encore un parent pauvre de la pêche au coup sportive car elle est volontairement évincée des manifestations officielles du circuit de compétition. Pourquoi est-ce le cas alors qu´au niveau national, la Fédération reconnait « manifestement » cette technique ? Bien des explications existent certainement, la plus plausible pour moi est le manque de « noblesse » de cette pratique ainsi que le peu d´équipement nécessaire à la pratique de cette pêche, avantages pouvant peut-être devenir « irritants » pour certains compétiteurs ou organisateurs, surtout lorsque le quiver gagne en pêche de distance…

Dans les prochaines lignes, je vais essayer de débroussailler le terrain afin de rendre le quiver compréhensible par tous, et, je l´espère, déclencher quelques coups de cœur. Cette présentation est inspirée d´une pratique et d´un style de pêche personnel, mon but étant avant tout d´éclairer certains aspects techniques et d´expliquer les mécanismes de cette pêche. Libre à chacun ensuite d´en prendre sa part ou non, le but étant de lancer la machine !

 

La canne

 

La pêche au quiver est le terme générique caractérisant les techniques utilisant un « scion qui tremble » (de l´anglais « quiver-tip ») afin de détecter la touche. La technique de pêche au feeder est donc également une technique « quiver-tip » mais on se sert d´un amorçoir (en anglais « feeder ») pour entretenir le coup.

Les cannes destinées au feeder et quiver sont d´action relativement complexe car on leur demande à la fois d´être puissantes (surtout les cannes feeder) pour la propulsion de charges tout en restant sensibles pour la détection de la touche.

Le marché propose différents modèles de cannes, elles sont globalement réparties comme suit.

 

Canne bombe ou winklepicker

 

On appelle ces cannes « bombe » en référence à la bombe d´arlesey, aussi connu sous le nom de « plomb d’arlesey ». Les anglais ont développé leur propre appellation, la canne winklepicker, cette canne est peut-être encore un peu plus légère, mais l´usage est le même.

De longueur moyenne entre 2,40 et 2,70m et de puissance moyenne entre 15 et 30gr, ce type de cannes est aussi connu et utilisé dans la pêche à la tirette. On s´en sert uniquement avec des plombées très légères (petits plombs d´arlesey) ou éventuellement avec de très petits feeders. Les Anglais sont de grands amateurs de ce type de matériel extrêmement sensible, ceci en particulier pour leur « winter-fishing » en plan d´eau, où il s´agit souvent de détecter une micro-touche alors que les poissons ont le bec cousu.

 

Canne feeder light (L)

 

Ce sont les premières cannes que l´on peut qualifier de cannes feeder, donc utilisables avec des amorçoirs. La canne feeder légère est à peine plus puissante que la canne bombe mais tout de même capable de lancer des charges aux alentours des 60gr. Ce sont de bons outils en étang et canal car elles sont très sensibles et se rapprochent encore pas mal du comportement d´une canne anglaise dans le travail du poisson.

Ces cannes sont cependant un peu limitées en puissance lorsqu’il faut lancer loin (dès env. 50 mètres), elles sont également un peu courtes lorsqu’il faut donner de l’angle au fil pour éviter des obstacles de bordure. Ces cannes sont inadaptées à la rivière car elles sont trop courtes pour que le fil « plonge » de manière raide dans l´eau afin que le courant n´ait que peu de surface de contact avec le fil. Ces cannes sont en outre inutilisables dans le courant car celui-ci agiterait beaucoup trop fortement la canne dont la souplesse rendrait la détection de touche impossible.

 

Canne feeder medium (M)

 

Ce sont des cannes d´une puissance d´environ 80gr et elles sont en général proposées dans des tailles avoisinant les 3,60m. Elles sont assez puissantes pour venir à bout de quasiment n´importe quel poisson en étang ou canal lent et disposent de suffisamment de souplesse pour travailler un poisson avec très peu de risques de décrochage.

Ce type de canne permet à la fois de pêcher très fin et de monter des lignes fortes (type bas de ligne 20/100èmes). C´est à mon avis le meilleur compromis pour l´étang, le canal et la rivière lente et lorsque l´on ne pratique pas la longue distance.

 

Canne heavy feeder (H)

 

Elles ont une puissance d´environ 110gr et ont une longueur variant en général de 3,60m à 4,20m. Ce sont d´excellentes cannes pour la pêche de la carpe au méthod feeder, pour pêcher des courants moyens à distance moyenne ou pour attaquer la longue distance en étang. Un choix polyvalent qui bride un peu à mon goût le plaisir du travail du poisson en étang. Ces cannes favorisent même à mon avis les décrochages ou casses sur lignes fines dans la mesure où le blanc travaille moins facilement vers le bas de la canne et amortit de ce fait moins.

Ce type de canne est un bon choix pour un pêcheur ne disposant que d´une seule canne pour pêcher à la fois l´étang et la rivière sans être en configuration extrême (ultra fin en étang, courant extrême en rivière ou encore ultra longue distance.)

 

Canne extra-heavy et plus…

 

Après la puissance heavy, la codification de puissance devient plus aléatoire et propre à chaque fabricant. Souvent on lit les termes « extra-strong », « power » ou encore « XX-heavy », les limites supérieures de puissance sont des fois impressionnantes. Une canne de 4,50m et puissance 200gr n´est vraiment pas démesurée pour un fleuve comme le Rhin, croyez-moi, c´est souvent même le stricte minimum afin de lancer des feeders lourdement plombés qui seront seuls capables de compenser la pression du courant sur le fil.

Les grandes tailles ont en fait une double utilité : rendre l´incidence du fil dans l´eau la plus verticale possible, pour avoir moins de surface de contact avec le courant, mais surtout obtenir un angle de travail du poisson le plus raide possible, ce qui est vraiment important lorsqu´il s´agit d´extraite un barbeau combattif de derrière la cassure du lit de la rivière.

Nos amis Allemands et Hollandais en sont les spécialistes et ces cannes n’ont pas à rougir devant les cannes surf Atlantique !

 

Certains fabricants panachent même les puissances inscrites sur la canne, on retrouvera des appellations de type « medium-heavy », etc. pourquoi pas… Le choix devra en définitive toujours se faire au feeling, canne en main, car une canne medium chez le fabricant Pierre n´aura pas obligatoirement la même action qu´une canne médium de chez Paul.


Les scions

 

Chaque canne est livrée avec des scions interchangeables de différentes puissances, afin d´adapter la canne aux conditions de pêche. Les scions sont disponibles en fibre de verre ou en carbone, ces derniers seront toujours un peu plus raides à puissance égale par rapport à de la fibre de verre.

La fibre de verre ne permet pas de proposer des scions vraiment raides (nécessaire lors de pêches en gros courant) car ces scions auraient alors une épaisseur trop importante, c´est pourquoi on a recours au carbone.

Le carbone en revanche, ne permet pas de proposer des sensibilités extrêmes tout en gardant une bonne résistance à la casse, ce que propose la fibre de verre. La puissance (souplesse) des scions est exprimée en onces (oz.), ce qui correspond à env. 25 grammes. On teste en fait le scion en regardant à partir de quelle charge il se plie à un angle de 90°.

Il est à noter que l´indication sur le scion est une donnée différente de la puissance maximale de la canne, indiquée près du porte-moulinet. Une canne « heavy » de 110 gr. peut lancer un panier chargé à 110 gr et ce même avec un scion de 2 oz. (env. 50 gr)

En résumé, n´importe quelle canne peut lancer la charge maximum indiquée sur son blank tout en utilisant son scion le plus souple, il faut simplement savoir que le lancer sera moins performant et précis à cause de souplesse importante du scion lors du lancer.

 

En canal très lent, en étang, par absence de vent ou lors de chipotages de la part du poisson, le scion en fibre de verre de 0,5 à 2 oz sera le bon choix.

En rivière à courant soutenu, un scion carbone de 4 à 5 oz, voir plus, peut se révéler indispensables si l´on souhaite continuer à voir des touches en dépit du courant qui pousse très fort sur la bannière.

Entre ces deux cas extrêmes, c´est au pêcheur d´analyser l´importance du courant, du vent et de la sensibilité des touches puis de choisir le scion le plus sensible en fonction de ces critères.

 

Les anneaux


Anneaux en sic (carbure de silicium), fuji sic ou simplement oal (oxyde d´aluminium) ? Je pense que les disparités entre ces matériaux ne sont pas aussi importantes car j’ai passé deux saisons avec de la tresse en 13/100 (donc très coupante car fine) en utilisant une canne équipée d´anneaux oal sans aucun problème, il suffit qu’ils soient de bonne qualité. Pour les pêches régulières en eau « chargée » ou en rivière, je vous recommande tout de même des anneaux en sic car l’effet abrasif constant des microparticules de sable, etc. est très important, l’utilisation de tresse augmente encore cet effet car la tresse « transporte » beaucoup mieux ces saletés !

 

Apportez une attention particulière au diamètre interne des anneaux de la canne car ils augmenteront le potentiel en distance de votre canne. C´est au niveau des anneaux de scion que l´importance du diamètre est la plus grande car c´est là que se trouve le dernier obstacle à franchir par l´éventuel nœud de raccord de tête de ligne (si voue en utilisez une) Attention tout de même aux gros anneaux de scion, la qualité du carbone ou de la fibre de verre des scions est alors primordiale sous peine d´avoir des scions trop souples sous l´effet du poids de ces anneaux.

 

Pensez à nettoyer régulièrement vos anneaux ainsi que votre canne avec de l’eau légèrement savonneuse (liquide vaisselle pas trop « dégraissant ») et enduisez ensuite le tout avec de l’huile en spray WD40 que vous aurez mis dans un chiffon, votre matériel atteindra des sommets de longévité. Notez en outre que des anneaux bien propres augmentent les performances au lancer…

 

L´action de la canne

 

On considère par nature une canne feeder comme une canne à action de pointe car c´est la pointe qui travaille en indiquant la touche. Lorsque l´on regarde le travail des cannes dans leur ensemble lors du combat, on peut néanmoins les classer en différentes catégories.

 

Les cannes avec action de pointe

Ce sont principalement des cannes très puissantes et longues destinées à lancer les plus grosses charges et à affronter les plus gros courants. Elles plient principalement dans le tiers supérieur lors du combat, même avec des poissons puissants. Elles sont souvent très précises et performantes en longue distance.

 

Les actions semi-paraboliques

Elles plient largement jusque dans leur moitié de longueur, voir aux 2/3ers. Ces cannes sont également capables de lancer toutes sortes de charges mais elles seront un peu moins performantes en distance pure et en précision comparées à une pure action de pointe. Ces cannes ont un grand avantage car elles sont les meilleures « travailleuses » ! Leur action plus souple permet de pêcher avec des lignes plus légères avec moins de risques de casse. Ces cannes évitent aussi beaucoup plus les décrochages, surtout lorsque l´on pêche avec des charges lourdes qui « sautent » lors des coups de tête du poisson, en effet, la canne amortira d´avantage ces mouvements parasites de l´amorçoir.

 

Les actions semi-paraboliques progressives

Ces cannes bénéficient des dernières tendances et évolutions dans la fabrication de blanks. En effet, la courbe d´action lors du combat est celle d´une canne d´action semi-parabolique mais les performances au lancer sont celles d´une action de pointe. Le secret de cette savante alchimie se trouve dans la forte réactivité du carbone utilisé pour la fabrication de la canne, sa vitesse de retour lors de la phase de lancer est très importante, ce qui propulse le feeder au plus loin. La facilité à comprimer la canne reste cependant celle que l´on connait avec une canne semi-parabolique. Le seul désavantage de ce type de canne est en fait le prix, qui est plus élevé pour bénéficier du meilleur des deux mondes…


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