7ème partie : Les Amorçoirs

Les amorçoirs

 

L´intérêt de l´amorçoir

 

Comme son nom l´indique, l´amorçoir sert à amener de l´amorce sur le coup. On parle bien évidemment d´amorce sous forme de farines mais également de toutes sortes d´appâts permettant d´intéresser le plus longuement possible les poissons. Intéresser est peut-être un terme qui n´est pas assez fort, en fait il s´agit d´exciter les poissons, il est souhaitable que la concurrence alimentaire se mette en place, du moins pour des pêches visant le rendement (faire du nombre) car les pêches de gros poissons (ou hivernales) se basent sur une logique un peu différente…

En y regardant de plus près, on remarque que dans une grande majorité des cas, le feeder permet d´entretenir un coup pendant plusieurs heures avec 1 à 2 kg d´amorce sèche, ce qui est très économique, grâce au principe de concurrence alimentaire. Chaque petit panier qui arrive au fond est attendu avec impatience et ce seront les premiers arrivés qui seront les premiers servis, d´où la nécessité d´être régulier dans l´amorçage car les poissons délaisseront aussi plus vite un coup mal entretenu.

 

Son fonctionnement

 

L´utilisation de l´amorçoir doit répondre à deux impératifs : amener 100% de l´amorce au fond et ensuite la rendre le plus rapidement possible attractive et accessible aux poissons. A fur et à mesure de la présentation, nous verrons que ces deux impératifs ne sont pas toujours parfaitement compatibles, il s´agira des fois de faire des choix ou dans d´autres cas de « bricoler » ! Pourquoi ?

L´acheminement de l´amorce passe par trois étapes assez « mouvementées », en l´occurrence le lancer, l´arrivée sur l´eau et la descente. Les risques que l´amorçoir perde plus ou moins brutalement de l´amorce en cours de route (par effets de choc ou de lessivage) sont grands et il faudra intégrer ces paramètres lors du choix de votre amorçoir (je ne parle pas encore du mouillage)

La vitesse à laquelle le contenu de votre amorçoir sera ensuite intéressant pour les poissons sera proportionnelle à son exposition à l´eau mais inversement proportionnelle à la « protection » assurée par un feeder fermé (feeders très fermés protègent mieux mais diffusent moins bien l´amorce) En synthèse une peu basique : moins il y a de trous dans l´amorçoir et plus il y a de chances que tout arrive entier au fond et plus il a de risques que le contenu se libère lentement (ou pas du tout…).  Attention, cette schématisation n´est pas toujours valable, la rivière est un cas différent.

 

Les principaux types d´amorçoirs

 

Je vais vous présenter 4 types d´amorçoirs, ils représentent à mon avis la grande majorité des utilisations. Chaque type est ensuite décliné dans le commerce sous maintes formes et concepts. J´ai volontairement oublié les amorçoirs particulièrement exotiques comme par exemple les mousses à asticots par souci de clarté et pour permettre aux néophytes de débuter avec des idées claires.

 

Le feeder grillagé

 

C´est la version la plus simple et connue de l´amorçoir. Son corps est composé de grillage de maille plus ou moins grande, sachant que la grande maille fait travailler plus vite l´amorce, ce qui est la finalité de cet amorçoir.

Cet amorçoir est utilisé quasiment dans toutes les conditions mais il est vraiment performant en eau peu ou moyennement profonde et bien évidemment en rivière du fait de ses grandes ouvertures facilitant la diffusion. En eau plus profonde il y a un risque de lessivage à la descente et il convient alors de mouiller un peu plus l´amorce si l´on souhaite conserver ce type de feeder (mais attention alors à la vitesse de travail au fond)

En rivière, cet amorçoir a un avantage supplémentaire par rapport à celui en plastique car il offre moins de résistance au courant et est de ce fait plus stable. En effet, en rivière, le but est d´éviter les redressements inopinés du scion lié au déplacement d’un feeder trop poussé par le courant car cela vous alerte inutilement et vous ferrez dans le vide.

Attention également lors de l´utilisation d´appâts vivants, ils ont une fâcheuse tendance à s´échapper très vite par les grandes mailles. Ces mailles sont par contre tout à fait adaptées en cas d´utilisation d´esches inertes (surtout les grandes graines ou fragments de bouillettes) car l´amorce enrichie de ces esches s´échappera beaucoup plus vite du feeder.

 

Le feeder plastique troué ouvert

 

Le corps de cet amorçoir est en plastique plus ou moins souple qui est pourvu de trous facilitant le contact de l´amorce avec l´eau pour un meilleur travail de celle-ci.

L´amorçoir plastique est bien évidemment ouvert des deux côtés, facilitant le chargement et la libération de l´amorce comme tout amorçoir classique. Cet amorçoir est destiné à emmener de l´amorce pure ou complétée par des appâts inertes ou vivants et c´est là qu´il trouve sont intérêt principal. Cet amorçoir permet en effet d´ajouter plus d´appâts vivants entre deux bouchons d´amorce car les vers, asticots, etc. trouveront moins d´ouverture par où s´échapper. On peut encore freiner le travail de l´amorce et freiner la fuite de la vermine en obstruant les trous par une ou plusieurs bandes de ruban adhésif que l´on entourera autour de l´amorçoir. Cet amorçoir a, dit on, une faculté à monter plus vite à la surface lorsque l´on le ramène.

 

Le nombre de trous reste sommes toutes réduit, comparé à un amorçoir en grillage, c´est pour cela que cet amorçoir est utile lorsqu’il faut pêcher profond en évitant que la descente ne lessive complètement le contenu à travers des ouvertures trop nombreuses. Un amorçoir en grillage permet également de pêcher profond mais il faut alors mouiller d´avantage l´amorce pour qu´elle tienne la descente, ce qui a comme effet de ralentir le travail de l´amorce une fois au fond, bref, à chacun de voir quelle stratégie il compte utiliser dans ce cas…

 

Comparé à un amorçoir cage grillagé, l´amorçoir plastique a par contre l´inconvénient de freiner le travail de l´amorce (comparé à un feeder grillagé) et de moins en libérer directement au fond. En effet, la surface de contact avec l´eau est moins importante, c´est pour cela qu´une petite tirée est souvent nécessaire après quelques secondes afin de libérer toute l´amorce.

 

Je choisis ce type d´amorçoir en petite taille et petite plombée lors de pêches en canal ou étang lorsque les conditions sont difficiles. Je mouille alors très peu l´amorce qui aura de ce fait une vitesse de travail très élevée sans pour autant s´échapper lors de la descente. Que ce soit en étang ou par faible courant, c´est le meilleur compromis pour lancer amorce + appâts vivants.

 

Le feeder plastique troué et fermé

 

De dimensions en général plus réduites que le précédent, ce feeder est pourvu d´un couvercle des deux côtés. Plombée terminale ou latérale, cela varie selon les fabricants.

Le but premier de ce feeder est d´accueillir des appâts vivants, en particuliers pinkies ou asticots, les trous servant à leur fuite une fois l´amorçoir dans l´eau. On peut également régler le « débit » à l´aide de ruban adhésif. Certains pêcheurs remplissent même ce type de feeder de pellets à dissolution rapide, le feeder diffusera alors pendant longtemps. Ce feeder est surtout utilisé pour des pêches sélectives de gardons, sensibles aux relances avec esches vivantes ou encore pour des pêches hivernales de carpes demandant beaucoup de discrétion, peu de relances et des esches animales ou alternatives (surtout en Angleterre)

 

Le method feeder

 

Le but du method feeder est de conserver en permanence de l’amorce, ne libérant que les couches superficielles de la boule. Un plomb additionnel l´alourdira encore, améliorant l´auto-ferrage, mais n’est à mon avis pas impératif s’il reste beaucoup d’amorce au centre.

La stratégie du method feeder repose soit sur une bonne localisation du poisson soit sur un amorçage préalable à l´aide d´autres moyens du type amorçoir classique, fronde, etc. En effet, le method feeder seul distribue trop peu d´amorce pour intéresser efficacement et durablement un banc de poissons.

J´utilise en fait plutôt cette technique comme une approche très efficace d´un seul poisson trophée qui a tendance à être effrayé par des relances incessantes d´amorçoirs et par le vacarme d´un banc de blancs de taille moyenne.

 

C´est un amorçoir qui est la plupart du temps à axe central, le fil venant du moulinet passe donc en son centre. Qu’il soit en forme de ressort (dans le temps on pratiquait la technique de le pelote avec un ressort) ou plat d´un côté (afin de mieux se stabiliser), son but est d´être rempli d´amorce que l´on malaxe fermement autour de lui. On obtient ainsi une boule qui est sensée se désagréger lentement.

 

La pêche se pratique avec un bas de ligne très court, plus court que la longueur de l´amorçoir, afin que l´hameçon ne s´accroche jamais dans le corps de ligne ou dans le haut du tube central de l´amorçoir. Vous pouvez installer une butée à quelques centimètres derrière l’amorçoir pour un meilleur auto-ferrage ou tout simplement pour pêcher en fixe.

 

Quelle attache ?

 

Les amorçoirs sont dotés d´une attache qui peut être en tresse, en nylon, un joint torique, une languette en plastique ou encore un morceau de power-gum (sorte de gros nylon extensible) terminé par un micro-émerillon. Dans certains cas, l´attache est fixée aux mailles du corps de l´amorçoir, dans d´autres elle passe simplement sous la languette de plomb. Dans ce dernier cas, les lancers à répétition et combats peuvent déplier légèrement la languette de plomb, pouvant occasionner la perte de l´amorçoir si l´attache sort de son logement. Attention, ce n´est vraiment pas systématique car les forces du lancer ou les chocs lors du combat sont largement amortis par le scion, pensez par précaution à vérifier de temps à autres le bon serrage de la languette de plomb.

Contrairement au joint torique, les attaches en gros nylon, en power-gum, en plastique ou en tresse ont l´avantage de prendre moins de place sous la languette en plomb, donc moins de risque que cette languette ne s´ouvre.

Les amorçoirs de longue distance avec plombée terminale seront de préférence attachés par une anse centrée avec deux points d´attache, cela permet un très bon vol donc plus de distance.

 

Que faut-il finalement comme attache ? Je ne pense pas que ce soit aussi crucial si l´on a pris soin de son montage, l´emmêlement sera alors déjà nettement réduit. Certaines théories favorisent l´attache en power-gum pour absorber les chocs lors du ferrage mais je me demande pourquoi l´on souhaite absorber un choc dont les autres techniques (par exemple anglaise) ne se soucient pas du tout… ? En effet, c´est la ligne directe « corps de ligne-bas de ligne-poisson » qui supporte le choc du ferrage, le contact avec l´amorçoir ne vient que dans un second temps. Peut-être que le power-gum est là pour amortir les sauts de l´amorçoir vide lors du combat et pour éviter les décrochages intempestifs… ?

 

On peut se demander si le power-gum est efficace pour absorber le choc du lancer. Eventuellement oui car l´anse amortira l´impulsion mais pourquoi cherche-t-on cette caractéristique ? On perd de la distance, on perd certainement aussi en précision et c´est curieusement sur les amorçoirs les moins lourds (qui vont le moins loin et qui imposent le moins d´énergie au lancer) que l´on retrouve cet appendice… En fait, le power-gum n´a pas de résistance linéaire suffisante pour absorber les chocs de lancers lourds ou de longue distance, c´est pour cela que l´on ne le monte que sur des amorçoirs de faible poids… Bref, avis mitigé, vous l´aurez compris !

 

Quel poids ?

 

Dans la majorité des cas, il faut mettre le minimum de poids pour que l´on puisse immobiliser le feeder (même vide) et courber légèrement le scion. Le courant, le vent, la tension liée à une grande bannière (en pêche de longue distance) et bien évidemment la raideur du scion, sont les facteurs intervenant dans le calcul de la plombée.

 

Exemple : une pêche à 30 mètres avec peu de vent et pas de courant sont des conditions parfaites pour l´utilisation d´un scion très souple, permettant la meilleure détection de touche possible. Il suffira de peu de poids (type 15 gr) pour atteindre cette distance et peu de poids pour maintenir l´amorçoir en place face à la tension du fil et du scion.

Une pêche à 30 mètres sans courant mais avec beaucoup de vent demandera l´utilisation d´un scion un peu plus raide pour que celui-ci ne soit pas constamment agité. Un scion plus raide exerce automatiquement plus de tension sur la ligne lorsqu´il est cintré, plus de tension sur la ligne exige plus de poids au niveau du feeder pour que celui-ci reste en place (même vide)

 

Certains spécialistes de la pêche de rivière sous-plombent volontairement les amorçoirs, cette technique ne s´adresse pas aux débutants car il faut une expérience conséquente dans la lecture de touche. En effet, le scion sera en constant mouvement car le montage roulera. La vraie touche sera un peu plus marquée, les barbeaux se laissent souvent piéger par cette technique.

 

Quelle taille ?

 

Les petits feeders ont deux avantages, ils sont plus discrets et sont souvent plus précis au lancer du fait de leur faible volume. Ils sont donc très adaptés pour l´étang ou le canal, lorsque les poissons recherchés sont craintifs ou lorsqu´il ne faut pas gaver le poisson. Ils ont également des inconvénients car ils peuvent être un peu justes en apport de nourriture lorsqu’´il faut tenir un gros banc de poissons.

Les feeders un peu plus grands sont quant à eux moins discrets, ils peuvent gaver ou effrayer lors de pêches difficiles ou d´hiver mais sont incontournables lors de grosses pêches de brèmes et de pêches en rivière.

A vous de trouver la bonne taille selon les conditions de pêche, sachant qu´une bonne connaissance du coup et du potentiel en poissons vous permettra de savoir s´il faut dresser une grosse table ou non. La température de l´eau et la saison sont d´autres facteurs qui peuvent vous aiguiller, bref, tous ces petits détails qui sont également bien utiles dans les autres pêches.

Il existe de très gros feeder non plombés qui permettent d´apporter une bonne quantité d´amorce en départ de pêche, ils permettent de démarrer votre coup plus rapidement lorsque le bruit n´est pas un facteur dérangeant.

 

Et le plomb poire alors ?

 

Cette présentation ne pouvait être complète sans parler de l´utilisation du plomb poire (aussi appelé bombe ou d´arlesey). Il y a des conditions de pêche où l´utilisation d´un amorçoir est tout simplement trop grossière (canal et surtout étang), on préfèrera alors pêcher uniquement avec un plomb.

Vous pouvez débuter la pêche avec un plomb, en ayant pris soin d´amorcer avec la technique de votre choix (main, fronde, gros amorçoir, etc.) Il faudra alors gérer l´alimentation de votre coup comme si vous pêchiez à l´anglaise par exemple.

Lorsque les touches se raréfient lors d´une pêche avec amorçoir, vous pouvez essayer de passer au plomb afin de voir si la discrétion est le facteur déterminant. Vous pourrez dans ces conditions profiter au début de la table dressée par l´amorçoir mais n´oubliez pas d´alimenter le coup par le moyen de votre choix.


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