2ème partie : Le Moulinet

Le moulinet

 

Le moulinet équipant une canne (feeder ou autre), doit répondre à un certain nombre d´exigences. Distinguons deux cas de figure possibles : la pêche au poser, relativement statique en termes de prise en main du matériel, et la pêche que je qualifierai de « dynamique » du fait de la fréquence élevée ou même de la continuité de la prise en main du matériel.

 

Dans le premier cas de figure on trouve principalement les pêches au poser du « type brochet au vif » sur poste fixe ou encore la pêche de la carpe en batterie, le jeu consiste à lancer la ligne sur un poste propice et à attendre la touche. Dans ces situations, on peut se permettre d´équiper les cannes de gros moulinets qui peuvent paraître disproportionnés par rapport à la cannes. La raison de ce choix est le besoin d´une grande capacité de fil, le besoin de robustesse à travers une grosse mécanique ou, dans certains cas, le besoin de lancer très loin grâce à de grosses bobines larges et peu profondes, facilitant le dévidage du fil. Ces derniers avantages ont un prix, qui est celui du poids élevé du moulinet, mais ce désavantage n´est pas vraiment contraignant car la canne est très souvent sur son support, le poids du moulinet n´étant pas franchement un handicap lors du travail du poisson.

 

Dans le deuxième cas, nous nous trouvons dans l´univers de la pêche au lancer, des leurres, de l´anglaise et… du feeder. L´ensemble canne-moulinet est très souvent ou constamment en action, les phases de repos sur un support sont rares ou de courte durée (lorsque le poisson mord bien évidemment…) Il est ici très important de rechercher une certaine harmonie entre le gabarit de la canne et le gabarit du moulinet l´équipant. J´utilise volontairement le mot harmonie pour ne pas utiliser le mot « équilibre » car ce dernier est vraiment difficile à trouver, même avec un ensemble canne-moulinet bien composé.

 

En effet, la recherche de l´équilibre dans le sens d´une balance au point d´équilibre, équivaudrait à ramener ce point au plus près de la main du pêcheur afin qu´il subisse le moins possible les contraintes du poids du moulinet ou de la canne. Dans la réalité, les cannes feeder ont bien souvent un poids relativement élevé sur l´avant, ceci est expliqué en grande partie par la destination de ces cannes. En effet, les fabricants épaississent bien souvent les blanks, augmentent la taille des anneaux etc. afin de résister aux contraintes du feeder donc augmentent le poids sur l´avant.

En résumé, le moulinet monté sur une canne feeder afin de rechercher l´équilibre, serait bien souvent plus gros et lourd que nécessaire et son inertie se ferait sentir, créant un effet « boulet » au niveau du porte-moulinet. Cette lourdeur se ferait surtout sentir lors du lancer mais vous donnerait également un sentiment de malaise, comme si vous aviez équipé une gaule en roseau avec un treuil de 4x4…

 

On obtiendra une certaine harmonie entre la canne et le moulinet avec les ensembles suivants :

Cannes quiver et feeder light : moulinet de gabarit 2500 ou 3000 (moulinet léger)

Cannes médium à heavy : de 2500 à 4000 ou certains 5000 légers (moulinet léger à mi-lourd)

annes heavy : moulinet à partir du 5000 jusqu´au moulinet à carpe long cast (mi-lourd à lourd et surf)

 

Solidité

 

S´il y a une caractéristique fondamentale pour un bon moulinet feeder, c´est bien la solidité. La mécanique ainsi que le bâti du moulinet sont perpétuellement soumis à différentes forces. Ces forces s´exercent lors du lancer : le fil bloqué par le doigt exerce une tension sur la bobine puis sur l´axe, puis sur le mécanisme car le lancer se fait avec un frein relativement serré lorsque les charges sont importantes.

Le retour du montage sans poisson, surtout en eau courante, est le deuxième moment où l´on sollicite beaucoup le moulinet car on ne pompe pas pour ramener un montage à vide. En fait, un des moments les moins traumatisant de la vie d´un moulinet feeder est le combat (bien mené) car la technique du pompage sollicite principalement la canne, on mouline presque sans résistance lorsque l´on récupère le fil en baissant la canne.

Beaucoup de moulinets dans le milieu de gamme des fabricants sérieux font l´affaire, il suffit de les destiner à un usage compatible avec leur construction, bref, de respecter l´harmonie canne-moulinet.

 

Fluidité

 

On parle de fluidité lorsque le moulinet tourne sans bruits ou craquements parasites et lorsque l´on a pas l´impression d´avoir une roue voilée à son vélo, bref, ça tourne vraiment rond ! La fluidité d´un mouvement est souvent gage de mécanique de qualité et ajustée, tout est fait pour que le pêcheur puisse se concentrer sur les sensations à travers sa canne et ne soit pas perturbé par le reste. Une mécanique non fluide donne bien souvent déjà des indications sur la duré de vie du moulinet mais une mécanique fluide mal utilisée vieillira mal également.

 

Le frein

 

Au feeder comme dans les autres techniques, on demande au moulinet d´avoir un bon frein, mais qu´est-ce que cela veut dire ? La qualité d´un frein se trouve principalement dans sa puissance, sa progressivité et bien entendu sa longévité et sa facilité d´entretien. Le frein d´un moulinet repose sur le principe d´une pression que l´on va exercer grâce à une vis (capuchon) sur un empilement de disques présents sur le haut de l´axe.

 

La puissance du frein est directement liée à la nature, au nombre et au diamètre des disques utilisés. Dans l´absolu, un frein avant sera toujours plus puissant qu´un frein arrière car la place disponible pour loger des disques dans une bobine sera toujours plus grande qu´à l´arrière d´un moulinet. Pour un frein avant, la force destinée à freiner s´exerce directement sur la pièce en mouvement (la bobine) alors qu´avec un frein arrière, la force destinée à freiner la bobine doit traverser le bâti car la bobine se trouve à l´opposé.

Les freins arrière sont à présent tellement aboutis, que l´on ne remarque plus de différence par rapport à un frein avant lors de l´utilisation. Le choix entre les deux types de freins est à présent beaucoup plus lié à une préférence dans la pratique.

 

La progressivité caractérise la finesse et fiabilité avec laquelle on pourra ajuster son frein, chaque degré tourné au niveau de la molette engendre un petit résultat au niveau du freinage. Le pire est un frein où l´on passe du mode « ouvert » à un mode « quasiment fermé » sans pouvoir trouver facilement de position intermédiaire. Certains freins sont quant à eux tellement progressifs qu´ils en deviennent « ennuyeux et longs » à régler, la plage de réglage est tout simplement trop grande. A vous de trouver le meilleur compromis en essayant avant d´acheter.

 

En synthèse, la puissance d´un frein est précieuse lors de lancers de charges lourdes et lors de combats (et encore, on n´est pas en big-game…). La progressivité est à mon avis encore plus importante car c´est elle qui vous évitera par exemple de trop casser au ferrage car vous aurez pu finement régler votre frein. La progressivité vous évitera également de casser lors d´un rush de poisson car le frein libérera à ce moment juste ce qu´il faut.

 

Débrayage

 

C´est une histoire de goût… les moulinets équipés de ce système seront cependant un peu plus lourds. Je pense qu´il faut avoir une idée claire de sa pratique avant de s´engager dans une voie ou une autre. Le feeder « actif » avec la main au-dessus du talon de la canne en attendant la touche n´a pas besoin de cet accessoire, même si un gros rush lors d´un combat peut facilement être « soulagé » par la mise en fonction du débrayage. Je réponds simplement à cette question par : faut ferrer frein réglé et rester avec sa canne…

 

Le frein de combat de certains moulinets est un frein qui peut être très rapidement ouvert (une moitié de tour) grâce à une très grande démultiplication. Cela peut être d´une bonne aide sur des pêches très fines où la résistance du nylon demande une réaction ultra-rapide sous peine d´être sanctionné par une casse.

 

Un certain type de pêche de rivière pratiqué principalement par les Anglais ou les Allemandes, met en œuvre deux cannes positionnées à la verticale sur un support type surf ou rodpod, moulinets débrayés, en attendant la touche d´un barbeau. On n´est plus vraiment dans une pêche quiver mais plutôt dans une pêche à la plombée classique où le sifflement du débrayage vous indiquera la touche.

 

Le couple

 

Le couple est la facilité qu´a un moulinet à ramener des charges lourdes tout en ne « souffrant » pas. Imaginez vous, roulant toute l´année avec votre vélo et uniquement avec la vitesse la plus « dure », les franchissements de bosses votre être galères, non ?

Un bon couple, donc une bonne puissance est souvent synonyme de vitesse de récupération moyenne, voir faible, car le fabricant de votre moulinet (ou de votre vélo) a préféré que vous rouliez avec une vitesse vous permettant de franchir facilement un col, ensuite sur le plat, va falloir mouliner un peu pour avancer…

Les moulinets de petite taille ou de moyenne taille ont en général un couple satisfaisant avec une vitesse de récupération moyenne, les quelques moulinets légers à grande vitesse de récupération seront à utiliser avec précautions au feeder, il ne faudra pas utiliser des charges trop lourdes sous peine de les user trop vite.

 

La vitesse de récupération

 

Ce point est directement lié au précédent. Un moulinet doit avoir une bonne vitesse de récupération (dès env. 80 cm par tour de manivelle), si vous pêchez régulièrement à bonne distance, ce qui facilitera entre autre les amorçages de départ qui sont des manœuvres très répétitives. Attention, une grande vitesse de récupération mais un petit diamètre de bobine est synonyme de faible couple, la mécanique du moulinet risque d´en pâtir à la longue.

Lorsque l´on pêche en grande distance, la canne à utiliser sera de toutes manières plus grande et puissante, on utilisera de ce fait un moulinet adapté à ces dimensions, ce moulinet aura automatiquement des dimensions plus grandes au niveau de la bobine et aura de ce fait une vitesse de récupération plus élevée tout en gardant un couple correct.

 

La capacité de la bobine

 

On parle souvent de bobine « long cast », de l´anglais « lancé lointain ». Les bobines de moulinet anglaise sont une forme de bobine long cast, sans avoir la conicité de la bobine, propre aux vraies « long cast » Je ne parle ici que des vraies long cast, les moulinets anglaise étant pour moi à utiliser pour du feeder léger ou du quiver.

Dans l´absolu, la capacité du moulinet n´a pas forcément besoin d´être énorme car au-delà des 100 mètres il n´y a que peu de pêche au feeder. Ce qui est beaucoup plus important c´est le diamètre de la bobine ainsi que sa faible profondeur, ces caractéristiques favorisent les longs lancers et réduisent le vrillage car les spires du fil sont plus grandes. Un autre avantage des bobines long cast est la grande vitesse de récupération calculée sur la base d´une circonférence de bobine plus élevée. Le seul souci des bobines long cast réside dans la taille des moulinets sur lesquels on les trouve car il s´agit bien souvent de moulinets mi-lourds à lourds.

 

L´enroulement

 

Privilégiez un moulinet avec un enroulement par spires croisées, aussi appelé enroulement par double oscillation car le mouvement de montée du galet enrouleur autour de la bobine de ces moulinets est d´une vitesse différente du mouvement de descente, ce qui croise (comme son nom l´indique) la pose des spires sur la bobine. Cette technologie limite considérablement l´effet de coincement des spires les unes dans les autres, améliorant les performances au lancer, surtout lors de l´usage de la tresse.

 

Autres caractéristiques

 

Nombre de roulements, qualité des matériaux, simple manivelle ou double, etc. je ne vais pas aborder ces sujets car ils sont un peu moins pertinents dans le choix d´un moulinet propre au feeder et sortent de ce fait du cadre de cette présentation.


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