Le montage des lignes au coup avec Mickael Boursaud

 

 

Nous allons aujourd’hui parler du montage de lignes à la maison. Pour faire de sujet, j’ai fait appel à mon ami Mickael Boursaud, membre du non moins célèbre TEAM Sensas 28, équipe de Jean Desqué et d’autres grands noms de la pêche. Michael est quelqu’un de très méticuleux, qui apporte un soin particulier au montage de ses lignes. Je savais qu’en faisant appel à lui pour nous expliquer ses divers choix de montage de ligne, je n’aurai aucune question qui restera  sans réponse et Mickael saura nous expliquer chaque aspect technique du montage.

Il ne suffit pas de mettre un flotteur sur un nylon avec des gaines, mettre des plombs, un bas de ligne au hasard, il faut déjà prendre en compte de nombreux paramètres de la pêche avant de commencer à monter une ligne. Il faut monter ses lignes suivant les conditions que l’on pense ultérieurement rencontrer, et non sortir une ligne qui sera peut-être la bonne un certain jour au bord de l’eau.

Vous me direz que l’on peut toujours monter ses lignes au bord de l’eau, mais c’est bien moins précis et confortable. De plus, pour les compétiteurs, c’est une perte de temps énorme et il vaut mieux, même pour le pêcheur de loisir, monter ses lignes au chaud, chez soi, dans le confort le plus absolu.

 

Mickael va donc m’expliquer ses choix concernant chaque composant de la ligne.

Dans un premier temps, nous allons commencer par la base de la ligne, le corps de ligne en nylon.

Mickael se sert essentiellement pour ses montages de nylon SENSAS Super compétition Willebroek.

C’est selon lui l’un des plus constants de la gamme et il lui fait entièrement confiance. Le Super Compétition ne vrille pas, et il est d’une parfaite rondeur, permettant un montage de ligne soigné.

Mickael vivait il y a encore peu dans le Sud, du côté de Nice et il utilisait avant d’arriver là-bas le SENSAS Palmer dans les plus petites tailles.

Durant son séjour là bas, il a rarement du descendre sur un diamètre fin de ligne, et il a alors pris le Super Compétition.  Depuis qu’il est en Alsace, où la pêche en compétition peut s’avérer parfois difficile, il reviendra un peu sur le Palmer en complément du Super Compétition. Le Palmer est selon lui un nylon plus technique et très agréable dans les plus petites tailles.

Ce qui est avant tout important c’est que le nylon soit « frais » et donc, soit acheté l’année du montage des lignes, soit stocké de façon efficace (à l’abri de la lumière, de l’humidité, des variations de températures qu’elles soient chaudes ou froides) soit les deux.

Pour les pêches classiques, il reste assez simple dans ses choix de diamètres, comme la majorité des pêcheurs et a plutôt tendance  à « pêcher fin ».

De plus, Mickael affectionne particulièrement les nylons moyennement rigides, sauf sur les pêches d’ablettes où il préfèrera un nylon souple.

Pour les diamètres, Mickael est plutôt du genre classique :

étang : 10/100 pour pêche classique de 0,40 gr à 1,50 gr
           8/100 si pêche très difficile
canal : 10/100 pour pêche classique de 0,40 gr à 2 gr ; 12/100 pour poids supérieur
 
rivière : 10 à 14/100 pour pêche classique à passer avec 1 flotteur de 0,60 à 4gr
rivière : 14 à 18/100 pour pêche à bloquer avec 1 flotteur "plat" de 3 à 30gr

Concernant les diamètres et longueur des bas de ligne, nous en parlerons un peu plus bas avec les hameçons.

Mickael stocke ces bas de ligne dans portefeuilles à bas de ligne, plutôt que dans des  boites classiques, pour gagner un peu de place dans son rangement. Ses portefeuilles sont rangés dans les casiers de sa station. Concernant les boîtes à bas de ligne en  métal, il les a bannis. En été, le soleil cuit les bas de ligne et en hiver, le froid imprègne très facilement le métal.

 

 

 

LES FLOTTEURS :

Il existe deux grandes familles de flotteurs, si on parle de forme : les boules et les effilés.

Pour les pêches d’ablettes, Mickael fait confiance aux Luc et aux Gilles :

Le luc est un peu plus « boule » que le Gilles, pour gagner en stabilité .

Pour les pêches de fond, en canal notamment, et en étang, Mickael affectionne particulièrement deux flotteurs :

Mickael remplacera vraisemblablement le flotteur Bourbourg  cette année, par un modèle à quille carbone. Son expérience dans ce type de matériau est comme il me l’a annoncé encore assez limité, mais comme Mickael est quelqu’un d’ouvert, il a pu remarquer que ces dernières années, les quilles carbone ont gagné petit à petit la confiance des pêcheurs, et de façon plus importante depuis peu.

Sensas a sorti un flotteur appelé le Saint Yriex qui ressemble pas mal au Bourbourg mais doté d’une quille carbone. Mickael utilisera ces flotteurs si les pompages verticaux sont nécessaires, mais aussi surtout sur des pêches où la mise en place rapide du flotteur  n’est pas primordiale. La quille carbone rend la mise en place du flotteur moins rapide mais elle permet de mieux déceler les touches à la descente. En fait, avec une quille inox ou métal, le flotteur est parfois  déjà droit dans l’eau alors que la ligne n’est pas totalement en place. On pense alors que la ligne pêche déjà alors que ce n’est pas forcément vrai.

Le carbone, hormis son avantage réel d’être indéformable et très solide, donnera peut être un peu plus de fluidité à la ligne lors de sa mise en place (personnellement j’en suis 100% convaincu après avoir  vu plusieurs pêcheurs les utiliser avec brio, comme Eric Di Venti par exemple). J’étais moi-même peu entrain à utiliser les quilles carbone, fort de mon expérience de pêcheur de canaux du Nord, où l’on utilise parfois des quilles métal surdimensionnée (jusque 8/10ème), pour gagner en stabilité. Ce qui est certain, c’est qu’avec des antennes carbone, à poids égal du flotteur, on met plus de plombs sur la ligne. Mickael a à peu près la même impression et passera au carbone pour certaines de ses lignes et selon les conditions, cette année.

 

Il utilise également le Spinadesco, à la forme très prisée chez les pêcheurs de canaux, forme et antenne offrant une grande sensibilité, mais aussi une bonne stabilité.

Pour les flotteurs de rivière, Mickael fait confiance aux Sensas Jean François et Abbeville. Il les utilise donc en rivière  pour les pêches de plaquettes, brèmes mais aussi parfois de gardon lorsqu’ils sont de belle taille, sur les pêches à passer ou à retenir. Il privilégie les grosses antennes pour les beaux poissons, que ce soit sur des esches telles que le ver de vase ou le terreau. Les grosses antennes ont la faculté de limiter les fausses touches.

Mickael utilise également le Torino, flotteur boule à antenne plus fine, lorsque la taille des poissons est modeste, en moyenne.

 

 

PLOMBS:

Les lignes de Mickael sont essentiellement équilibrées avec des plombs peints Sensas. Il les préfère depuis quelques temps aux non-peints, parce que la qualité des peints est intéressante, mais aussi parce qu’ils sont parfaitement centrés, plus tendres, et la peinture empêche une oxydation prématurée. La ligne a alors une longévité plus longue. Le poids de ces plombs est sensiblement identique à ceux dits « non peints », ils sont juste un peu plus gros en diamètre.

Pour équilibrer un montage, Mickael se fie aux indications portées sur les boites, qu’ils trouvent très proches de la réalité.

 

Il finira ses réglages les plus fins avec des plombs Styl.

 Il en ajoute 2 ou 3 de taille différente, afin d’en retirer un si nécessaire au bord de l’eau. Avec l’habitude il saura lequel enlever selon le comportement de la ligne. Pour Mickael, il est plus facile d’enlever un plomb, une fois au bord de l’eau, que d’en rajouter un (surtout si c’est un micro Styl et qu’il fait froid !!).

Pour plus de praticité, il a rangé les plombs destinés au montage des lignes dans une seule et unique boite.

Ainsi il a toutes les tailles à portée de main.

 

Dans le montage de ses lignes, il met environ 10 plombs, ce qui est un nombre assez standard dans le monde de la pêche, mais parfois il n’en utilisera que 8, comme 14, si la souplesse est privilégiée.

Pour un même flotteur de 0.40 gr par exemple, il utilisera soit :

-          9 n° 10 + 2 ou trois petits plombs

-          7 n°9 + 2 ou trois plombs en dessous, un peu plus gros que ceux de la ligne précédente

La première ligne sera plus souple à la descente car elle comporte plus de plombs, et se mettra en place un peu moins rapidement que la seconde.

Mickael n’aime pas trop utiliser des olivettes. Tout simplement selon lui car il n’a pas le maniement de ligne nécessaire, faute d’entrainement avec ce produit. Et c’est alors un cercle vicieux. Pas d’entrainement donne un maniement hasardeux, et donc peu confiance en l’olivette. Peu de confiance voudra dire qu’il n’en montera pas facilement. Les cendrées  lui vont parfaitement, alors pourquoi changer !

Par contre, en cas de pêche « mécanique », avec touche dès la descente il utilisera une olivette qui ne lui demandera dans ce cas-là aucun maniement particulier, hormis de déposer la ligne et de ferrer  presque aussitôt.

En gros il monte une olivette pour gagner du temps sur la mise en place de la ligne qui pêchera plus vite qu’avec des cendrées, mais préfèrera s’en passer si la pêche est technique.

Aux olivettes, il préfèrera des billes percées pour ses lignes les plus lourdes, peut être moins denses, mais feront « planter » la ligne au fond assez rapidement.

Dans tous ses choix, Mickael optimisera sa façon de pêcher en ayant le plus grand nombre de chances de ne pas emmêler tout en restant efficace.

 

 

HAMECONS:

L’hameçon sera surtout choisi par rapport à l’esche :

 

- un seul ver de vase, Michael utilise les 3530 de Sensas. Parfaits sur les pêches rapides de petits poissons, la longue tige aidant au décrochage.

 

 

- deux vers de vase, il utilise un hameçon à courbure plus large, car le 3530 n’a pas assez d’ouverture pour bien disposer deux vaseux. Il lui préfèrera le 3010, d’une finesse équivalente, mais à la tige plus courte mais de courbure plus grande.

 

 

- panaché ver de vase- pinkie ou  pêche au pinkie seul, et en ciblant des  poissons un peu plus gros sur une pêche  moins rapide, Mickael utilisera un 3260  pour des poissons de 100gr à 1 kilo environ.

 

Le poids n’est pas le facteur le plus important, il vaut mieux considérer la cadence des touches. On parlera ici d’une estimation de 10 poissons sur 3 heures environ pour donner une idée de cadence, mais ce seront de beaux poissons. Si les poissons sont peu mordeurs il tentera un 3405 (si les poissons espérés sont assez gros).

 

 

- sur des pêches un peu plus faciles avec un poisson toutes les minutes 30 par exemple, Mickael utilisera un 6110 (hameçon ressemblant au 3410, modèle plus connu chez Sensas, mais résistant un peu plus à l’émoussage).

 Ce modèle sera également le modèle préféré de Mickael sur des pêches traditionnelles de brèmes.

- sur des pêches de chats, Mickael affectionne particulièrement le 3065 lorsqu’il prendra plus d’un poisson à la minute, sur des gros nylons (que cela soit au coup ou à la télescopique).

 

 

- Sur les pêches à l’asticot, Mickael utilisera le 3430 possédant une courbure assez large pour en mettre deux, voire trois à l’hameçon.

Ces choix seront ici pour la grande canne bien sur.

 

 

LONGUEUR DES BAS DE LIGNE :

En ce qui concerne les bas de lignes, Mickael utilisera des bas de lignes très courts pour les pêches d’ablettes, de 7 à 8cm environ.

Pour les pêches traditionnelles de fond, les bas de lignes feront 15 cm, et en fleuve, il allongera jusqu’à 20cm. Mickael insiste sur le fait que l’on peut toujours s’adapter et remonter le plomb de touche si nécessaire, au lieu de systématiquement remplacer son bas de ligne. Cela permet également de garder ses réglages de fond, et déplacer le plomb, action synonyme de touche que l’on n’avait pas forcément avant réglage.

Mickael utilise des bas de lignes de longueur classique, généralement 1 à 2/100 plus fins que le corps de ligne MINIMUM :

DIAMETRE DE BAS DE LIGNE :

Hameçon employé

Diamètre de nylon

3530

Entre 5.5 et 7/100ème

3260

Entre 6.5 et 8/100ème

3405

Entre 7 et 10/100ème

6110

Entre 8 et 12/100ème

3065

Entre 12 et 16/100ème

3430

Entre 10 et 14/100ème

 

Les bas de ligne seront stockés sur des portefeuilles à bas de ligne, produit que Mickael trouve extrèmement pratique, au lieu de la classique boite à bas de ligne (surtout si elle est en métal, qui emmagasinera la chaleur au soleil, comme un véritable accu, et gardera les bas de ligne au froid en hiver).

 

Suite de l'article sur le montage des lignes:

MONTAGE :

Mickael monte passe l’œillet du flotteur sur le nylon de la bobine, puis les gaines silicones. Ensuite il commence à pincer les plombs. Pour calculer le nombre de plombs à mettre sur le nylon, il se fie aux indications de la boite.

Ensuite, Mickael ajoute les plombs Styl de réglage.

La densité de l’eau dans le tube n’est pas la même que l’eau du lieu de pêche et il vaut mieux prévoir un peu de marge à la maison.

Les plombs sont remontés jusqu’à avoir un nylon plus sain. Il est indispensable de « sacrifier » le nylon endommagé. Les plombs ne sont pas mis en place de façon définitive, car Mickael effectue ces réglages une fois au bord de l’eau, quand il sait a priori quelle sera la façon dont la ligne devra « nager » dans l’eau. Il les stocke tout simplement sur la ligne en les remontant.

La boucle qui recevra le bas de ligne ne sera pas non plus définitive.

Mickael a remarqué qu’en stockant ses lignes sur les plioirs, une « marque »se faisait sur les boucles, et quiétait nuisible à la linéarité de sa ligne.

Donc, Mickael fera une boucle « provisoire » qu’il coupera au bord de l’eau, avant de faire une boucle définitive,à l’aide d’un loop tyer.

Cet accessoire permet d’avoir des boucles régulières, de petite taille mais suffisante pour y glisser un bas de ligne.

Une fois au bord de l’eau, Mickael « étalera » ses plombs selon son idée de la pêche du jour et il ajoutera le bas de ligne adéquat. Cela permet une large souplesse de réglage, même en faisant ses lignes à l’avance.

Il est important que ces plombs soient le plus proche possible, mais non collée sinon la linéarité de la ligne n’est pas respectée, la plombée a tendance à « tire-bouchonner » si elle est trop collée. Pour remédier à ce problème, on peut faire ce simple teste au bord de l’eau :

On tient la ligne entre les doigts et on la laissependre. On voit clairement comment on doit mettre les plombs.

Autre astuce, on décollera le dernier plomb de la plombée massive de quelques millimètres. Cet écart empêchera la ligne de mêler à la descente, ce plomb écartant naturellement le bas de la ligne du haut, lors de la mise en place de la ligne.

Pour fixer sa ligne au plioir, Mickael utilise cet accessoire :

 

Il en bricole également lui-même avec des vieux élastiques de scion qu’il garde après démontage

Il fixe une agrafe et glisse par-dessus cette dernière un morceau de gaine qu’il a préalablement enfilé sur l’élastique. Il fait une boucle de l’autre côté….

….avant d’en faireune deuxième au dessus de la première

Il met un coup de ciseaux, ce qui a pour but de saisir plus facilement le bout d’élastique sur le plioir, avant de dérouler la ligne

Enfin, pour ranger sa ligne, Mickael a une astuce qui permet de ne pas emmêler toute la ligne lorsqu’on la sort du plioir :

Ici une ligne qui a déjà pêché, on remarquera que Mickael a du ôter deux plombs Styl, selon les réglages nécessaires au bord de l’eau.

Pour les flotteurs plats, afin de faciliter le rangement :

 

 

Les montages que Mickael nous conseillerait sont les suivants :

 

Cette approche du montage des lignes est très fluide, et demeure très bien expliquée par Mickael, qui, finalement, ne laisse pas grand-chose au hasard.

En l’observant, j’ai remarqué que ses gestes étaient aisés, qu’il anticipait pas mal de détails sur les conditions de pêche futures qu’il se gardait de prévoir à la maison, laissant une part assez importante de réglages possibles, une fois au bord de l’eau.

Merci Mickael pour cette séance de montage très ludique et fluide, qui nous en dit un peu plus sur le montage des lignes.

Ce que je retiendrai de ce moment avec toi :

-Il faut monter des lignes mais ne pas non plus prévoir la pêche dans son salon

-Il faut que la ligne présente une linéarité parfaite

-Il vaut mieux enlever un plomb au bord de l’eau que d’en ajouter

-Le stockage des lignes est extrêmement important pour les faire durer dans le temps

-Tous les accessoires d’une ligne se choisissent après mûre réflexion

Merci à toi de ta gentillesse.

 

Date de dernière mise à jour : 02/11/2013

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