la pêche des gros poissons à la pâte

En vogue depuis quelques années, alors que cette technique est déjà une valeur sûre depuis bien longtemps, la pêche à la pâte est devenue un élément incontournable pour tout pêcheur de spécimens. Force est de constater qu’avec la pâte, on prend souvent de biens beaux poissons, avec une moyenne souvent supérieure à ce que l’on peut voir avec d’autres esches. Je vais tenter de vous montrer mon approche de la question, avec mon humble expérience, afin de vous familiariser avec cette technique passionnante.

 

La pâte est une esche qui m’a donné au fil des mois des résultats vraiment surprenants, à savoir que 90% de mes plus beaux poissons ont été pris sur cette technique. Ayant comme tout le monde ou presque, commencé en mouillant des pellets pour former une pâte attractive, je me suis au fil des ans spécialisé avec des pâtes du commerce que je module à ma guise selon mes besoins. C’est une esche à l’attractivité immédiate, les poissons ayant tôt fait de l’assimiler à un repas de gourmet. Les approches en la matière sont multiples, mais pour moi il suffit de rester efficace et de croire en ce que l’on fait. L’avantage indéniable de la pâte est de pouvoir varier ses modes d’amorçage à l’infini, et prendre de magnifiques poissons avec un minimum de réflexion.

exemple de bourriche à la pâte

Plusieurs écoles…

La base de cette technique est de former une boule d’eschage sur l’hameçon et de la déposer sur le coup amorcé. Pour l’amorçage, on pourra se baser sur les sacro-saints pellets, mais aussi sur du chènevis, ou même des boules de pâte pures. L’idée est de faire entrer le poisson sur un coup amorcé au minimum, de le guider le plus rapidement possible vers la boule de pâte eschée, de le piquer et de recommencer… C’est la technique du « fish after fish » (poisson après poisson) qui me tient tant à cœur, mais durant laquelle on va construire un coup en gardant une activité maximale avec un minimum d’esches. Il est également possible de déposer une pleine coupelle de pellets ou autre et pêcher « dessus », mais cela ne fonctionne pas à tous les coups : il est facile d’ajouter des esches sur le fond, mais impossible d’en enlever.

Dans un premier temps, le montage de la ligne.

Il est bien sur évident que la première chose qui guidera la réussite est un bon montage de ligne. Avec une ligne mal équilibrée, on piquera certes des poissons, mais les résultats peuvent s’avérer décevants par rapport au lieu de pêche. L’idéal sera de monter une ligne qui montrera les touches

Le montage de mes lignes se fait uniquement en direct pour une solidité extrême, la ligne ne présentant que deux nœuds : un nœud en 8 pour le raccord avec le connecteur et un nœud PALOMAR, l’un des nœuds les plus solides, pour nouer l’hameçon. Après une multitude de tests, mon choix se porte sur le COLMIC X5000, recommandé par mon ami SebNash, l’un des nylons les plus résistants du marché, assez raide. Cette raideur est primordiale pour une dépose de la pâte aisée au moyen d’une coupelle de scion, et permet d’éviter la majorité des emmêlements durant cette opération. Le diamètre sera compris entre 16 et 25/100, du 20/100 dans la majeure partie des cas.

Un bel amour pris à la pâte

L’hameçon ne doit pas forcément être léger, étant donné qu’il est immergé dans une boule de pâte assez lourde, les quelques dixièmes de grammes d’un modèle plus solide ne seront pas un handicap. Pour la pâte, j’emploie des modèles vraiment résistants, les KORUM S3 et les GURU MWG en majorité, mais aussi ponctuellement pour les pêches les plus fortes des GARDNER ou des KORDA Wide Gape. Les deux qualités essentielles que je recherche dans ces hameçons sont la solidité et le piquant qui se doit d’être irréprochable. J’ai testé pour se faire des quantités énormes de modèles, mais mon choix se porte sur ces hameçons qui sont tous à œillets, pour une solidité accrue, et à œillet droit, pour un alignement parfait avec le corps de ligne, vu que je monte la ligne en direct.

Exemple de plombée, entièrement groupée

 

La plombée sera groupée et placée entre 30 et 60cm de l’hameçon en général, selon la profondeur du coup. Plus la profondeur est grande, plus la distance plombée-hameçon sera importante. Je ne suis pas trop adepte des flotteurs auto-plombés, hormis pour les postes d’une profondeur inférieure à 1m. Cette plombée est un gage de réussite, pour moi, car elle indiquera les vraies touches, des passages dans le fil. Elle stabilisera le flotteur qui donnera ainsi de bonnes indications. A noter que le flotteur sera équilibré à la base de l’antenne, et la boule de pâte le fera affleurer la surface, en réglant la ligne avec entre 5 et 10cm de traine environ. Avec moins de traine, le flotteur coulera au moindre passage de poisson à proximité ou avec un faible courant, même de surface, ou de petites vaguelettes. Avec plus de 10cm de traine, les touches seront moins visibles, leur indication arrivant tardivement, le ferrage aura lieu alors que le poisson aura parfois recraché la boule de pâte et se soldera par un ferrage dans le vide, ou un harponnage.  Il faut procéder à tâtons lors de la partie de pêche, et ne pas hésiter à modifier les réglages jusqu’à obtenir un rendement optimal. J’utilise pour toutes mes plombées des plombs Stotz, qui sont très pratiques pour les placer sur de gros diamètres de fil.

Le flotteur sera ultra robuste, la pêche à la pâte étant rarement pratiquée dans la dentelle. Mon choix se porte sur un flotteur de 0.3 à 0.5gr selon la profondeur, en VESPE RUBER PASTE. Dans le cas d’un lieu de pêche plus profond, je passe sur un autre modèle fait main par des artisans anglais, que je saurai très solide, ou un modèle de Maurizio Schiepatti, le Draco Carp . Pour les pêches en bordure, dans peu d’eau, le modèle pellet Bagger de VESPE sera idéal, il a des caractéristiques assez proches de ce que je recherche à la pâte, à savoir une antenne porteuse, assez longue, et un flotteur assez effilé. Bien sûr dans ce cas l’antenne est plus courte que ce que j’utilise habituellement à la pâte, mais d’une proportion correcte.   Les fils intérieurs seront préconisés pour gagner en solidité. L’antenne se doit d’être longue, 6cm environ et le flotteur assez effilé. Une gaine silicone- indispensable-  sera ajoutée au milieu de  l’antenne pour éviter les emmêlements lors de la dépose.

Pour moi, l’élastique est un des détails les plus importants de la pêche à la pâte. J’utilise essentiellement des élastiques creux pour la pâte, qui ont pour moins l’avantage de s’étirer sur le premier rush, mais entrer rapidement en tension pour contrer le poisson, grâce à une partie torsadée à la base. Montés sur 3 brins de canne, mes choix se porte sur du 2.85mm creux pour les lignes entre 16 et 20/100, 3.2mm pour les lignes entre 20 et 25/100 et 3.8mm creux au-delà. Une torsade de 60 à 80cm à la base, selon la taille des carpes, sera indispensable  pour gagner en puissance lorsque l’élastique est en tension maximale ou presque.  Je ne vais pas tenter de vous expliquer en détail les réglages d’élastique, ce serait peine perdue, ces réglages se font au bord de l’eau, petit à petit avec l’expérience. L’essentiel est de bien adapter l’ensemble ligne+ élastique et de garder un certain équilibre dans vos choix. En employant ce type d’élastique puissants, il va de soi que le choix d’un hameçon puissant adapté soit important, ce qui explique mes choix en la matière pour des modèles hyper robustes.

Le matériel doit être solide, car "ça tracte" !

La coupelle de scion : produit indispensable

 

Bien des pêcheurs sont déroutés quand il s’agit de pêcher  à la pâte, prétextant que la dépose sur le coup est trop difficile. Ils utilisent souvent des pâtes beaucoup trop dures et dont le travail sera limité, pour l’unique raison qu’ils pourront mouler une boule sur l’hameçon et déposer la ligne de façon classique.  C’est limiter à outrance l’intérêt de la pêche à la pâte, qui est beaucoup plus efficace avec des pâtes plus mouillées, pour une meilleure dispersion des particules et un attrait accru.

Preston a sorti une coupelle très intéressante avec un rebord courbé, mais qui a l’inconvénient principal d’être limitée en taille. Il est facile d’en fabriquer soi-même (lien pour les coupelles) à des tailles personnelles choisies selon le diamètre des boules employées, et de la quantité de pellets que l’on souhaite ajouter.  Avec ce type d’accessoires, et un peu de pratique, la dépose se fait très aisément, en tendant un peu les bras et en reculant ensuite la canne sur les supports, en position d’attente. La position de cette coupelle sur le scion dépendra de la profondeur du coup : comme l’idée est de déplacer la ligne en « U », avec la boule de pâte eschée dans la coupelle, il faudra la placer la plus basse possible pour former un beau U qui pend sous le scion et manipuler aisément la canne. Bien sûr, on tiendra compte de la distance entre la pointe du scion et la coupelle en avançant les bras lors de la dépose pour bien positionner la boule de pâte sur le coup, là où elle sera pêchante avant de reculer la canne sur la barre d’amorçage et la mettre en place définitivement en attente de la touche.  Cette distance sera au minimum de 40cm pour une profondeur inférieure à 2m, jusqu’à 60 à 80cm si la profondeur va jusque 4 à 5m….avec l’habitude vous placerez naturellement la coupelle sur le scion de façon efficace en début de pêche.

Une fois le matériel requis monté, passons à la pâte.

 

 

Avant tout, je tiens à signaler qu’il n’existe pas de recette miracle, même si certaines donnent des résultats formidables à des pêcheurs bien connus, et je dois dire que je n’ai aucune recette miracle. Simplement je dirai que l’on peut avoir la meilleure recette du monde, la pêche à la pâte ne se résume pas à cela et biens des paramètres supplémentaires vont intervenir pour votre réussite.

Pour le moment, je fais confiance aux recettes du commerce, qui ne me réussissent pas trop mal. Je préfère me concentrer sur la pêche par elle-même que sur la recette.

J’ai une affection particulière pour les pâtes Sonubaits One to One, sous toutes ses déclinaisons, mais aussi la Miracle baits de mon ami Steve Gregory, qui est une pâte formidable à utiliser. Il m’arrive d’en utiliser d’autres ou de les mélanger mais je resterai sur ces choix pour cet article.

Miracle paste, une texture fibreuse

Quasiment toutes les pâtes se préparent de la même façon – seule les quantités d’eau changent- et je résumerai ces dernières à cette vidéo.

 

Bien sûr, on peut jouer sur le degré de mouillage des pâtes qui pourra varier selon l’effet escompté, la profondeur du poste et l’activité des poissons. Mais le paramètre important pour moi est d’utilise la pâte la plus molle possible selon les conditions. Plus le poste est profond, plus il faudra cependant utiliser une pâte moins mouillée, car la descente à travers la couche d’eau érode beaucoup la boule, mais aussi le courant même infime fera déplacer le flotteur et si la ligne est longue, il aura tôt fait de faire sortir prématurément l’hameçon de la boule.  Il arrive également parfois que l’on ait de meilleurs résultats avec une pâte un peu plus dure, malgré que les ferrages soient plus difficiles, tout comme il faut parfois une pâte quasi liquide... Aucune règle absolu à la pêche et c’est l’expérience acquise qui aidera à réussir, aussi se tenir à des pâtes que l’on connait sera souvent gage de confiance et donc de réussite.

La tenue de la pâte dépend de son mouillage et bien évidemment de ce qu’elle contient. En matière de pâte du commerce, les recettes sont créées pour qu’elles soient utilisables selon un large spectre de mouillage. La Miracle Baits a cela d’intéressant qu’elle est fibreuse une fois mouillée, ce qui permet de l’utiliser très mouillée, afin de garder une diffusion optimale, et un travail intéressant une fois immergée, tout en gardant une bonne tenue à l’hameçon.  La One to One est beaucoup plus classique et « fondra » plus rapidement une fois immergée, la tenue dépendra de l’eau ajoutée initialement et du degré de mouillage.

Je ne parlerai volontairement pas des additifs que l’on emploie dans les pâtes, restant sur des basiques pour cet article.

L’amorçage

 

Comme je l’ai écrit plus haut, je n’ai pas de plan de bataille prédéfini et j’adapte mon amorçage en fonction de l’endroit que je pêche et de mes envies.J’utilise essentiellement deux choses : les pellets entre 2 et 6 mm dans la majeure partie des cas et le chènevis qui sont pour moi deux valeurs sûres.

Mon choix en pellets est simple, j’utilise en gros des pellets assez secs en début et fin de saison, quand les eaux sont froides et des pellets plus gras pour la pleine saison, quand les carpes sont en pleine activité.

Je fais confiance aux pellets Sonubaits, les S-Pellets et les Fin Perfect en pellets secs, et les Halibut bien gras pour les plus beaux jours. Pour le chènevis, j’utilise essentiellement du chènevis préparé en boite de conserve, parfois mélangés avec un peu de maïs doux. En conserve tout simplement par gain de temps et de praticité (ou par fainéantise comme certains le pensent).

Le but de cet amorçage n’est pas de nourrir le poisson, mais de l’attirer sur le coup. Les quantités à déposer sont souvent assez minimes, et petit à petit, sauf dans deux cas bien précis : un plan d’eau pourri de poissons blancs qui nettoieraient rapidement le coup, ou en cas de recherche de spécimen qui mangent d’importantes quantités d’esches en pleine saison, où la pêche commencera dans les deux cas par une ou deux pleines coupelles d’esches.

Dans le cas où l’on amorcera petit à petit, il s’agit de construire un coup au fil des eschages, en ajoutant des pellets ou du chènevis dans la coupelle de scion lors de la dépose de la pâte, ou encore des petits morceaux de pâte. Bien souvent cela suffit à entretenir le coup, si la coupelle est assez grosse. Avec une pâte à action rapide, c’est d’autant plus facile qu’il faudra recharger en pâte très souvent. Attention toutefois à ne pas trop en mettre, si les fausses touches se multiplient, ne pas hésiter à ralentir la cadence de rappel,  pour laisser le poisson se « poser » sur le coup. Rien n’est plus dangereux que de faire entrer trop de poissons sur son coup, en cas de décroche ou de harponnage un peu musclé, le banc aurait tôt fait de déguerpir. Il faut attirer peu de poissons et les piquer un par un pour construire une belle bourriche.

Là encore, cela dépendra des conditions de pêche, de la richesse piscicole du lieu, de l’activité des poissons, et de la pêche escomptée. On n’abordera bien sûr pas de la même façon une pêche de carpeaux, qu’une pêche de spécimens.

amorçage micro pellets + pâte en morceaux

Amorçage avec de la pâte non serrée

La barre d’amorçage :

 

 

 

Utilisant des bannières assez courtes, la barre d’amorçage est un outil indispensable, il est très difficile de maintenir la ligne fixe comme il se doit sur ce type de pêche sans l’utiliser. Une fois la boule de pâte en place, n ne bouge plus, hormis sur de légers aguichages, si tant est qu’ils soient possibles avec la sorte de pâte que l’on utilise, ou pour repositionner la ligne et le flotteur en cas de dépose approximative.

 

 

 

 

 

Afin de charger sa coupelle sans déboiter et limiter les manipulations de canne quand la coupelle est chargée, deux rouleaux sont indispensables. On gagne ainsi en confort de pêche et en précision. Le réglage de ces rouleaux se fait à tâtons selon la distance de pêche. Même en pêchant à 8m, cela aide beaucoup.

Voilà pour les basiques de la pêche à la pâte, en espérant que cet article vous aide quelque peu, n’hésitez pas à tenter votre chance si vous ne pratiquez pas encore, vous serez surpris des résultats avec cette technique.

la pâte, une technique qui rapporte gros !!!!

Date de dernière mise à jour : 16/06/2015

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