Interview de Pierre-François DESCHEPPER alias Skippy 2 ème partie

 

6- Parlons un peu amorce….

a-    As-tu des mélanges  que tu aimes et que tu veux nous faire partager ? Peux-tu nous donner quelques recettes à partir de paquets du commerce et à partir de farines ?

Etant sponsorisé par Van den Eynde, j’utilise  régulièrement les produits de la marque.

Voici quelques mélanges qui ont fait leurs preuves :

- Courant nul à lent. Pêche de Gardons et plaquettes :

 2 kilos de Van den Eynde TURBO

 

1 kilo de secret

 

+ Terre et/ou fiente en  fonction des conditions (voir réponses suivantes aux questions 7b et c)

+essentiellement colorant brun ou noir

- Courant nul à lent. Pêche de brèmes.

2 kilos d’étang jaune

½ kilo de supercup

+4 kilos d’argile

+superzoet (édulcorant puissant de la marque)

 

- Courant nul à lent. Pêche difficile

1 kilo de Turbo Noire

1 kilo de chapelure brune

½ kilo de Supercup

+500 grammes de fiente fraiche

+1 kilo argile noire

 

Voici également une recette personnelle que j’utilise régulièrement pour les pêches en canal :

4.5 parts de chapelure brune

1 part biscuit vanille

1.5 part de pv1

1 part de coco belge

1.5 part de polenta (semoule de maïs crue)

½ part de coriandre

+terre et/ou fiente

 

 

b-  Comment utilises-tu la fiente ? (fraiche, congelée…). Quelle proportion par rapport à l’amorce et selon quelles conditions ?

 

J’utilise uniquement de la fiente fraîche préalablement congelée (jamais la sèche !). Je me contente d’ajouter de l’eau fraîche (le matin même) jusqu’à l’obtention d’une pâte relativement épaisse. Je l’incorpore aux farines puis tamise le tout afin d’éliminer d’éventuels déchets (plumes, graines…).

Une proportion standard en conditions de pêche « normales» est de 1 kilo de fiente pour 3 kilos d’amorce. Attention cette proportion est donnée pour une base d’amorce relativement peu collante (style de mon amorce maison un peu plus haut). Dans le cas contraire (présence de biscuit gras, pain d’épice, coprah mélassé…), le risque est grand de se retrouver avec un mélange « béton » totalement inutilisable.

 

 

 

L’action de la fiente est avant tout mécanique (coller et densifier le mélange). Plus l’amorce doit être « plate » (ou inactive) plus la proportion augmente. Ainsi il peut être intéressant sur une grosse pêche de gardons (+ de 10 kilos en 3 heures) de ne mouiller les farines qu’avec de la fiente (2 kilos de fiente très épaisse pour 3 kilos de farines).

A l’inverse, en cas de pêche difficile, ½ kilo de fiente sera suffisant, le reste du mouillage se faisant bien évidemment avec de l’eau.

Notons également que la présence de fiente n’indispose pas les brèmes.

L’important n’est pas de considérer la fiente comme un produit « miracle », mais plutôt comme un composant qui influence considérablement la mécanique de l’amorce (aspect primordial) et qu’il convient de doser en fonction des conditions rencontrées.

 

c-    Comment utilises –tu l’argile ? La ramasse tu toi-même ? Mélanges-tu diverses sortes d’argile ?

 

Tout  comme la fiente, l’argile (la terre en général) influence considérablement la mécanique de l’amorce. Le mieux, à mon avis, est de considérer la terre comme une farine à part entière en tenant compte de son pouvoir collant (et éventuellement nuageant) qui peut considérablement varier.

Il faut aussi tenir compte de la façon dont la terre va se mélanger aux farines proprement dites. Cette faculté d’  « imprégner à cœur » les farines dépend principalement de deux facteurs :

1 le pouvoir collant de la terre, plus il est important, plus la terre va former des grumeaux et donc diviser les farines

2 le fait de mouiller ensemble et séparément terre et farine. Si le mouillage se fait de façon simultanée, la terre mélangée aux farines, l’ensemble sera plus homogène, les farines moins actives (surtout si l’argile utilisé est peu collante (terre de somme)).
Evidemment la terre a aussi pour but d’alourdir et/ou appauvrir les mélanges.

La nature et la quantité de terre à incorporer à un mélange dépend donc principalement de :

- La densité recherchée

- L’effet mécanique (actif/inactif)

- Le degré de richesse du mélange

- Le pouvoir nuageant

Au pêcheur donc, en fonction des conditions qu’il rencontre de « jouer » avec ces paramètres. Par courant nul à lent, on considère qu’1.5 kilo de terre pour 3 kilos de farines constitue une bonne base de départ.

L’argile peut également servir à réaliser un « garde manger » afin de garder du fouillis  plus longtemps sur le coup. La terre est alors choisie en fonction de sa capacité à se déliter plus ou moins rapidement au fond de l’eau (rien n’empêche pour se faire de mélanger différentes terres).

On réalise alors des boules compactes d’où le fouillis s’échappe très lentement. (à ne pas confondre avec le tapis de terre friable des pêcheurs du Nord qui nuage beaucoup et dont le fouillis s’échappe plus rapidement).

Depuis l’apparition de la coupelle, cette technique est toutefois de moins en moins utilisée, car cet ustensile permet des combinaisons plus nombreuses que lorsque nous amorcions à la main.

 

7- Je sais que tu affectionnes beaucoup la pêche à l’anglaise. Parlons un peu de cette technique.

a-    Comment choisis-tu tes wagglers selon les conditions de pêche ?  Peux-tu nous expliquer ces choix en les détaillant ?

Il faut savoir qu’en Belgique, l’amorçage est souvent massif dès le  départ. La ligne a donc intérêt à être la plus stable possible (plombée importante). Le choix du flotteur se fait donc en fonction de la distance à atteindre et du poids à placer sur la ligne. Ainsi il n’est pas rare d’utiliser un waggler de 8 grammes avec 1.25 gr sur la ligne pour pêcher à seulement 20 mètres !

En revanche, l’ensemble doit être relativement sensible. Les antennes interchangeables sont donc toutes indiquées. Le modèle PERFECT WINNER convient parfaitement.

Paradoxalement, je dirai qu’il vaut mieux pêcher trop lourd que trop léger !

Autre point important, éviter que la ligne ne soit entrainée par un courant de surface et que l’esche remonte le contre-courant de fond (phénomène surtout rencontré en canal et en bassin d’aviron). L’emploi de plombées lourdes et basses permet de contrer ce phénomène. Dans le même but, soustraire la bannière au courant de surface est également important.

En  rivière les plombées peuvent être plus légères,  car la ligne est naturellement entrainée dans le bon sens !

Une pêche de rappel et/ou un agrainage me semble plus indiquée. S’il faut réellement stopper la ligne, l’emploi du coulissant avec sur- plombage et plombée reposant sur le fond est indispensable mais bon, c’est interdit en compétition !!!

 

b-    Côté montage et plombée, peux tu nous présenter les diverses plombées que tu utilises, selon quelles conditions ?

 

 

 

 

 


c-  A quel moment utilises-tu le coulissant ? Même si la profondeur est inférieure à la longueur de la canne, quel avantage a-on à pêcher au coulissant ?

Paradoxalement, j’utilise plus souvent le coulissant que le fixe, même si la profondeur est inférieure à la canne, et ce, pour deux raisons :

- Les poissons recherchés sont le plus souvent des brèmes

- Sur les pêches en canal  avec présence de courant et d’éclusées.

La dérive de la ligne est pour moi l’ennemi numéro 1 du pêcheur à l’anglaise (surtout sur les beaux poissons). J’utilise principalement la « méthode anglaise » avec des flotteurs très peu pré-plombés (PERFECT Deep River) si la distance n’excède pas 35 mètres.

Les montages sont connus mais afin d’éviter les emmêlages, il me semble important d’insister sur les points suivants :

- Enfoncer profondément la tétine sur la base en laiton du flotteur

- Utiliser les chevrotines ou les billes percées de taille dégressives pour la masse principale et les serrer fortement

- Placer entre la masse et l’émerillon 2 ou 3 plombs numéro 4 à 2

Voici en gros le schéma de mes montages coulissants

 

 

 

 

d-Aimes-tu pêcher au waggler entre deux eaux  ou en surface ? Si oui, comment t’y prends-tu ?

Les pêches entre deux-eaux sont particulièrement intéressantes car très actives notamment en ce qui concerne le rappel (agrainage et/ou amorce sur-mouillée).

Pour les pêches à courte distance, j’utilise de simples wagglers droits en plume de paon peu ou pas pré-plombés. Ils sont maintenus en place par des plombs légèrement espacés afin de laisser le flotteur libre coulisser sur 4 ou 5 cm (ce qui offre un meilleur ferrage).

La plombée est constituée de plombs numéro 10 à 6, soit regroupés (ver de vase à l’hameçon) soit espacés sur la longueur de la ligne (agrainage). L’emploi d’un émerillon est en général déconseillé dans la mesure du possible.

Pour les pêches spécifiques de carpes, le flotteur (en général très lourd GARBOLINO DC Splash par exemple) est maintenu par une attache. La plombée n’est alors constituée que d’un émerillon, sur lequel est attaché un bas de ligne très long (mini 60 cm).

 

 

8- Comment organises-tu ton entrainement ? Par rapport aux compétitions du week-end ou du mois ? sur une année ?

Pour les compétitions du Week-end, le nombre de parcours étant finalement restreint, une bonne prise d’informations fiables est en général suffisante.

Il en est tout autrement pour les championnats (3 week-ends  par an) puisque le lieu de pêche est en général connu 15 jours avant la date buttoir. 2 ou 3 entrainements, si possible en groupe, afin de tenter de cerner au mieux les conditions qui seront rencontrées. Attention toutefois de ne pas rester figer sur un schéma stéréotypé car comme on dit : « quand les Inters arrivent, la pêche n’arrête pas de changer ». L’anticipation est donc une qualité nécessaire pour réussir au plus haut niveau.

 

Combien la pêche prend-elle de temps sur une semaine ?

En général, la pêche m’occupe toute la semaine, en parallèle du boulot (prise d’infos, ramassage des vers de vase, montage des lignes, vérification du matériel…)

Montes-tu tes lignes à l’avance ou confortes-tu ta boite à lignes au gré des concours envisagés ?

Je possède en permanence une centaine de lignes, couvrant les situations les plus courantes, mais je n’hésite pas si nécessaire à confectionner des spécifiques, si les conditions l’exigent.

 

Comment organises-tu ton matos chez toi ? As-tu une pièce pour tout ranger ?

 

La pêche est une activité envahissante, car elle occupe chez moi un bureau, un garage et un abri de jardin , plus le grenier !!!!

 

 

Merci à toi Skippy d’avoir pris le temps de répondre méthodiquement aux questions que j’ai pu te poser,  je dois avouer que la qualité de tes réponses me fascine, on sent le pédagogue en toi.

Toi qui dis tout le temps que l’on passerait des heures à parler de pêche, en quelques questions tu m’as donné encore plus l’envie de passer du temps avec toi au bord de l’eau, et je l’espère comme nous en avons parlé pour 2009, des reportages intéressants.

 

Mille mercis à toi et bonne continuation. A bientôt!!!

<SONUBAITS