Interview de Dave Vincent

Lors de ma semaine avec l’équipe de reportage Déclic Pêche, j’en ai profité pour poser quelques questions à Dave Vincent, pêcheur emblématique de la revue. Dave est un ami que je côtoie finalement peu, uniquement lors de ses venues en France, mais c’est un mec que j’admire de par son implication dans la pêche, sa façon de vivre entièrement sa passion. Dave apparaît tous les mois dans Déclic, mais peu de pêcheurs le connaissent finalement au-delà des reportages.

Dave a accepté de répondre à mes questions, en toute modestie, il s’est facilement prêté au jeu.

Parce que Dave est un pêcheur d’exception….

Parce que Dave est une personne attachante que tout les pêcheurs, quels qu’ils soient devraient avoir la chance de connaître…

Parce qu’il a acquis une expérience infinie  au fil des années passées au bord de l’eau …

Parce qu’il est amoureux de la pêche et de la vie en général…

Parce qu’il est mon ami sur lequel je peux toujours compter, même s’il est loin…

Je me devais de vous faire part de cette entrevue, spécialement réalisée pour vous.

 

 

 

 

 

 

Madfred:Qui est Dave Vincent ? Parles nous un peu plus de toi….

 

 Dave Vincent : Je m’appelle donc Dave Vincent, j’ai 53 ans. Je suis plombier depuis pas mal de temps, pour la société G&L COSTAR, qui se situe à Londres en Angleterre. Mon patron, un pêcheur, me donne des facilités pour pêcher. Quand j’ai un concours ou un reportage à faire, je lui dis simplement que je ne vais pas travailler. Je ne suis pas payé ce jour là, mais bon, on n’a rien sans rien !!

 Ayant toujours vécu à Londres, dans le quartier de New Ham, je suis pêcheur depuis mon plus jeune âge. J’ai fait mes débuts dans les rivières majeures du coin, que sont la Tamise et la Rivière Lee. L’essentiel de mes premières parties de pêche s’est fait dans la capitale, avec les moyens du bord.

J’ai commencé très tôt la compétition, vers l’âge de 15-16 ans. J’ai gagné mon premier concours en 1971 à l’âge de 17 ans, avec 5,5 kilos de vandoise (« dace » en anglais). J’ai pêché dix ans pour l’équipe d’Angleterre et j’ai été entraineur des équipes féminines et Handipêche. Je pêche à présent des concours locaux ou nationaux, des festivals à l’étranger et collabore depuis pas mal de temps avec Déclic Pêche, ainsi qu’avec d’autres revues anglaises.

 

 

M : Quelle est ta technique de pêche préférée ? (Je suspecte Dave de me répondre celle qui me fera prendre le plus de poisson…)

D.V. : Celle qui me fera… (STOP !!!!, je reformule)

 

M : Quelle est la technique que tu affectionnes le plus, en séparant loisir et  compétition. ?

D.V. : En compétition, comme je viens de te le dire, celle qui me fera prendre le plus de poisson. En loisir, je dirai que le choix est difficile. Avec les concours et réglementations en Angleterre, on a le droit de pêcher avec toutes les techniques ou presque, ce qui m’a valu de devoir devenir polyvalent. Il n’y a guère que la bolognaise que je pratique peu, car nous avons peu d’ « eaux »  où l’on peut mettre cette technique à profit.

En regardant vers le futur, je dirai la carpe, peu importe comment, car les « fisheries » (carpodromes et étangs de pêche en général) ont les plus beaux concours à présent, les mieux dotés, où les pêcheurs anglais viennent se tirer la bourre.

En regardant derrière moi, je dirai le stick, car c’est une technique que j’affectionne particulièrement.

 

 

M : Si je ne devais te laisser qu’une seule canne et te prendre toutes les autres ?

 D.V. : La grande canne à déboîter, car c’est très technique et les sensations sont géniales (surprenant de la part d’un anglais !!!)

  

M : Abordons à présent la compétition… Durant quelle période as-tu pêché pour le Team England ?

 

D.V. : J’ai représenté le pays durant dix ans, en tant que titulaire de l’équipe d’Angleterre. Ce fut de 1988 à 1998, date à laquelle Dirk Clegg s’est retiré. Le nouvel entraîneur a remanié l’équipe, et vu les résultats, il a eu raison !!! Ce fut une magnifique période pour moi.

 

 

M : A quels championnats internationaux as-tu participé durant ces dix année ? Quel est ton palmarès durant cette période ?

 

D.V. : J’ai participé à 3 Championnats du Monde et à 4 Championnats d’Europe durant lesquels j’ai été titularisé.

Aux championnats du Monde, notre équipe a gagné 3 médailles d’Or en équipe, 1 d’argent et 1 de bronze. Individuellement, je n’ai pas eu de médaille, j’ai pêché pour l’équipe, non pour moi. Et mes choix ont été les bons, car nous avons gagné pas mal de médailles.

Vu le potentiel de l’équipe, je n’ai pas été sélectionné à chaque championnat, mais quand l’entraîneur jugeait que je pouvais apporter à l’équipe.

En Angleterre, nous pêchons pour l’équipe. Quand nous gagnons un médaille individuelle, c’est un bonus, mais c’est l’aspect Equipe et solidarité qui nous intéresse le plus.

J’ai entraîné l’équipe féminine durant 5 ans, pendant cette même période. Ce fut de 1993 à 1998. Nous avons gagné les mêmes médailles que les garçons, 3 médailles d’Or, 1 d’Argent et 1 de bronze lors des Championnats du Monde. Ce fut une expérience riche en enseignement !!!

 

 

M : Je sais que tu as été 3 fois « Matchman of the Year » en Angleterre, peux tu nous en dire plus là-dessus ? Comment cela fonctionne t-il ? Quand était-ce ?

 

D.V. :En Angleterre, chaque année est décerné un titre appelé « Matchman of the Year ». En fait on peut traduire cela par « pêcheur au coup  de l’année ».

Il s’agit en fait d’un classement dans lequel il faut marquer des points, attribués uniquement par des victoires dans des concours de plus de 60 participants présents.

En fait, comme tu le sais, en Angleterre il y a énormément de concours, et ce tous les jours de la semaine, mais comportant en moyenne 20 à 30 pêcheurs, rarement plus, même le week-end. Les points peuvent être acquis uniquement sur les concours du week-end, du Samedi matin au Dimanche après midi. Seules les premières places comptent.

La principale difficulté première est de trouver des concours de plus de 60 participants, chose rare en Angleterre ces dernières années. Jadis, il y a avait des concours avec jusqu’à 300 participants, ce qui n’est plus le cas depuis longtemps.

Il faut sillonner les pays pour marquer des points, tout au long de la saison, c’est très éprouvant.

J’ai donc été Matchman of the Year trois années de suite, en 1996 1997 et 1998. Je suis le seul ayant fait une telle série, c’est une performance énorme à mes yeux, bien plus que d’être Champion du Monde.

J’ai également été Champion d’Angleterre en 2002, devant plusieurs centaines de participants, ce jour là où j’ai même battu le record de poids de 52 kilos, vieux de 42 ans !!

Je suis très fier d’avoir été à ce niveau, ce fut très difficile mais quelle satisfaction !!!

 

 

M : parles nous un peu de ton équipe le « Team Browning »….

 

D.V. : Mon attachement à ce club est une question de fidélité, je m’y sens très bien. Le Team Browning a le record de victoires à la suite en divisions anglaises, en réalisant un grand chelem, passant de la 5ème à la 1ère division entre 1988 et 1992.

Durant ces années, nous sommes montés chaque année, faisant 1ers à la 5ème, 1ers à la 4ème, 1ers à la 3ème, 7ème à la seconde et remportant finalement la 1ère division.

Les équipes pour ces divisions sont constituées de 12 pêcheurs et il y a 80 équipes par division. Ce qui fait 960 pêcheurs au bord de l’eau, par division.

Nous avons gagné le « King of Clubs » , sorte de championnat hollandais entre équipes de différents pays il y a environ 10 ans.

Nous avons remporté 3 titres nationaux (1ère division) avec l’équipe.

Nous avons également participé aux Championnats du Monde des Clubs à Florence en Italie en 1992. D’ailleurs, je me rappelle que nous n’avions pas pu y figurer correctement car les italiens voulaient à l’époque 30 livres sterling (environ 50 euros)  pour un kilo de fouillis, et il nous en fallait beaucoup, compétition et entrainement compris. Nous n’avions pas assez de budget pour cela, mais nous avions fait malgré cela une place honorable.

Durant cette période, j’ai pêché dans cette équipe avec Mick, mon frère jumeau, et d’autres pêcheurs moins connus de vous à présent, car ils ont tout simplement arrêté la compétition. Je pêche toujours dans cette équipe avec Mick, mais aussi parfois avec d’autres équipes en tant qu’ « invité »  (Guest) comme c’est autorisé en Angleterre, pour certaines grosses compétitions.

 

 

M : Combien de concours fais tu par semaine ? Par mois ? Par an ?

 

D.V. : Par semaine, entre deux et trois, plutôt 3. Par mois, c’est très variable, cela dépend de la saison et des concours qui sont organisés. Entre les inscriptions, les esches, les repas et le gasoil, cela me coûte environ 50 livres (85 euros environ) si je veux pêcher correctement. Les inscriptions en sont pas les mêmes qu’en France, c’est souvent entre 20 et 30 euros. Et souvent, seul le vainqueur remporte un prix. Donc, vu le budget que cela implique, je choisis bien mes concours et essaie de me battre pour être le meilleur avec les meilleures armes, une bonne préparation donc et surtout de bonnes esches.

Par an, je ne peux pas compter, c’est assez conséquent. En été, je pêche encore plus, surtout pendant mes congés. Je suis infatigable pour la compétition !!!!

 

 

M : Concernant les compétitions internationales, peux tu nous dire celles auxquelles tu participes ?

 

D.V. : En fait, je participe essentiellement à des festivals sur plusieurs jours, notamment en Espagne, que je choisis soigneusement. Durant ces compétitions, je rencontre de grands noms de la pêche, et les rencontres se déroulent sur 10 jours environ, dont 6 de pêche.

Pour amortir ces rencontres, il faut gagner car bien sur, rien n’est pris en charge par l’organisation mais les dotations sont assez conséquentes.

En fait, je tiens à souligner une chose : avec tout l’argent que je consacre à la pêche, j’aurai largement pu m’acheter une LAMBORGHINI, mais la pêche est ma passion et je préfère me déplacer en VW Touran et pêcher, que d’être malheureux en Diablo !!!!

De toute façon, mon fourreau ne rentrerait pas dans une LAMBORGHINI !!!

 

 

M : Revenons un peu sur l’équipe d’Angleterre… Que penses-tu de l’équipe actuelle et des résultats ?

 

D.V. : Les résultats du Team England sont fantastiques. Les nouveaux pêcheurs depuis mon départ font un bon boulot et les résultats suivent. L’équipe est plus professionnelle que jamais. C’est très important quand on voit l’évolution des autres équipes au plan mondial, avec l’arrivée de nouvelles nations dans le « Top Ten ».

Pour les Championnats, les anglais font deux semaines d’entraînement, ce que les autres ne font ou ne peuvent pas faire. Cela influence à mon avis directement les résultats, surtout vu la qualité individuelle des membres de notre équipe. Les pêcheurs font souvent les bons choix concernant pas mal de paramètres de la pêche, comme le choix des amorces, des esches, des techniques et des lignes à employer.

Le staff conforte ceux-ci et la collaboration est énorme. Mark Downes et Mark Addy, nos sélectionneurs et capitaines, son très à l’écoute des membres de l’équipe et la communication est essentielle. Quand on a des pêcheurs de la trempe des deux Mark à la tête d’une équipe, vu l’expérience de ces grand noms de la pêche, l’analyse combinée à celle des pêcheurs donne un coup de pouce évident aux choix tactiques et aux résultats de l’équipe.

Mais bizarrement, je suis un peu inquiet quand je vois le futur de l’équipe d’Angleterre. Peut être mes craintes ne sont pas légitimes, mais le noyau actuel de l’équipe est soudé. Le Team England est si expérimenté, qu’il va être extrêmement difficile de changer l’un des membres de cette équipe. Mais surtout de trouver quelqu’un qui veuille s’impliquer dans l’équipe car étrangement, en Angleterre, peu de pêcheurs souhaiteraient participer à cet investissement pour l’équipe nationale.

Les pêcheurs anglais, depuis quelques temps, se spécialisent sur quelques plans d’eau et ne pêchent essentiellement que ces endroits là. Bien sûr ils gagnent souvent les mêmes concours sur les mêmes plans d’eau, car ils sont indélogeables.

Mais ces mêmes pêcheurs, champions de leur canton ne veulent pas entendre parler des compétitions internationales, et préfèrent rester dans leur coin, là où ils sont les meilleurs. La notoriété acquise est bien plus grande pour eux.

En fait, le système de développement des « fisheries » va à contre sens des compétitions et équipes nationales.

L’engouement a changé de secteur, on est à présent « bouffé » par le privé. Pour moi qui ai connu les deux époques, je dois bien avouer que je suis un peu nostalgique…..

 

 

M : Que penses tu de William RAISON ? De son dernier Championnat du Monde ?

 

D.V. : Je sais depuis longtemps que Will serait Champion du Monde tôt ou tard, tant ce mec est talentueux… Sachez juste qu’il est jeune et qu’il sera à nouveau Champion du Monde dans le futur.

Will est confiant, sûr de sa force et de sa pêche, tout en gardant les pieds sur terre et la tête froide.

Il sait quoi faire, quand il faut. Il a une équipe derrière lui qui l’aide et il le lui rend bien, en contribuant au titre par équipe.

Will est tout simplement talentueux, et exactement en phase avec la pêche à réaliser pour gagner, la plupart du temps.

 

 

M: As-tu gardé des contacts avec le Team England, pour des échanges concernant les compétitions internationales ?

 

D.V. : Non, je les vois localement, on s’appelle et on se rencontre parfois, mais souvent dans des compétitions locales ou des championnats nationaux. En fait le team England tourne très bien comme cela et avec les deux Mark à la tête, pas besoin d’en rajouter !!!

 

 

D.V. : Je ne tiens pas à me prononcer la dessus, je dirai juste que tu dois relire ce que je viens de dire sur notre équipe, regarde ce qui se passe pour la votre et fais ton analyse toi-même. C’est facile de comprendre un peu ce que tu appelles le problème….

Avant tout, une chose m’étonne, c’est l’amorce en championnat…. Nous autres anglais ne considérons pas l’aspect amorce de la même façon que vous. Pour l’Equipe de France, c’est une chose hyper importante, un paramètre fondamental de leurs résultats. 

Je pense qu’il faut un peu remettre en cause le fait de penser qu’on passe à travers un championnat à cause d’une amorce. De ce que je sais, les français passent beaucoup de leur temps d’entrainement à trouver le bon mélange. Nous ne mettons que dix minutes pour le faire !!! J’exagère un peu mais je me souviens d’une anecdote majeure concernant l’équipe d’Angleterre et l’amorce…. En Croatie, pour les Championnats du Monde, Steve et Will (Gardener et Raison) ont fait une boulette lors du choix des amorces à l’entrainement, ils ont fait un bac qui était le pire bac avec lequel jamais je n’aurais pêché !!!  Le ciment a côté, c’est un dispersant. Ce bac ne travaillait pas du tout, rien n’en sortait. Ils ont quand même utilisé le mélange pour l’essayer, faute de temps restant ce jour là pour la séance d’entrainement. Et ils ont tous deux attrapés des carpes, ils ont d’ailleurs été les seuls à le faire !!!

L’explication est simple : les carpes sont venues sur les coups, attirées par le bruit des boules d’ « amorce ». Elles poussaient ces boules au fond de l’eau, pour y piocher des particules, car rien ne travaillait, les boules devaient rouler au fond. Et lasses de ce manège, elles se sont intéressées aux esches sur l’hameçon. Une simple boulette a donné un titre de champion du monde, mais quelle boulette !!!!

Le problème français est dans la tête, pas dans l’amorce, les problèmes essentiels ne sont pas abordés par le staff.

Je n’ai pas de solution, d’ailleurs ce n’est pas à moi d’en trouver, c’est juste mon avis personnel. Mais les problèmes sont des problèmes de fond, les français sont des pêcheurs talentueux, dont je ne peux remettre en cause les qualités. C’est la gestion de l’équipe qui devrait être revue. A vous de trouver comment !!!

 

 

M : Je vais finir par revenir un peu sur Mick, avec une question piège…. De vous deux, qui est le meilleur pêcheur, si tu ne considères pas ton palmarès, mais la côté intrinsèque de la pêche ?

 

Mick est meilleur que moi techniquement parlant, ou nous sommes du même niveau je dirai plus simplement….Mick n’a aucune pression dans sa pêche et il pêche pour le fun, même si il est toujours sympa de gagner, il pêche plus sereinement que moi.

Je suis juste plus chanceux que lui, au tirage au sort, ou dans la pêche par elle-même avec notamment parfois le poisson bonus, ce qui m’a valu d’en être arrivé ou je suis à présent et les résultats dans les grandes compétitions.

D’ailleurs je pêche avec lui dès que possible et vis toujours avec lui, chez notre mère….

 

 

M : Merci à toi Dave pour ces réponses,  et d’avoir pris le temps de participer à cette interview.

  

D.V. : You’re welcome, captain Pike !!!!

 

 

 

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