Bruno Catez

Bruno Catez, pecheur du Nord que j'apprécie particulièrement, a bien voulu jouer aux jeux des questions avec moi, et ses réponses dévoilent l'ame d'un grand pecheur, posé et consciencieux, pour qui rien n'échappe au hasard.

Impliqué dans le monde associatif, où il donne beaucoup de son temps et de son expérience, la ville de Gravelines doit beaucoup à ce pecheur calme et discret, qui toutefois connait bien le monde de la compétition et a essayé de retranscrire une foule de renseignements dans ses réponses.

Meci bruno d'avoir été aussi précis, c'est avec honneur que je poste ici tes réponses, merci aux maniacs de laisser un ptit message, bruno lit bien souvent ce qui se passe sur le forum, mais ne poste pas faute de temps...


http://img190.imageshack.us/img190/7334/461im.jpg




Questions à Bruno Catez

1- Bruno, peux tu te présenter ? (age, métier, depuis combien de temps pêches tu, palmarès). Comment arrives tu à concilier job et pêche ?


J’ai 45 ans et suis professeur certifié en Economie et Gestion. J’enseigne en classe de BTS et suis vacataire à l’université du littoral.
Je pêche depuis l’âge de 10 ans et j’ai commencé à m’intéresser à la compétition vers l’âge  de 17 ans (je suis licencié FFPSC depuis 1981).
Actuellement je préside deux associations :  l’AAPPMA La Sentinelle de Gravelines et le Team Sensas Gravelines.
Palmarès : Je ne sais dire combien j’ai gagné de concours. La raison est simple : je n’ai jamais compté tout simplement parce que c’est un indicateur quelque peu subjectif. D’une part il y a concours et concours, d’autre part le nombre de participations est très variable d’un individu à l’autre…Un rapport nombre de victoires / nombre de participations me semblerait plus pertinent.
Disputés selon des règles et à périodicité constantes les résultats aux championnats et grandes épreuves sont à mes yeux des indicateurs plus objectifs.
J’ai à mon actif, par équipes, remporté le championnat de France des CSD 1994 (+ une fois second), deux finales Sensas (1994-1998) et le championnat de France des clubs 2005 (ainsi que deux places de 3ème…). Victoires acquises bien entendu avec mes potes de club avec lesquels la collaboration est très ancienne…
Individuellement j’ai remporté deux promotions, participé à la deuxième nationale en 1990,1991,1992 (2ème) ,1993,1994 et 1997 ainsi qu’ à la première nationale en 1992.
C’est difficile de concilier la vie familiale, associative et professionnelle. C’est pourquoi je participe à moins de concours aujourd’hui qu’auparavant…



2- peux tu nous présenter un peu ton parcours en matière de compétition, avec les différentes équipes avec lesquelles tu as pêché et surtout, nous présenter ces dernières années avec le team Gravelines ?

J’ai été membre de la gaule Calaisienne à mes débuts puis et présidé par la suite le LPC ARDRES (1981 – 1990) en collaboration avec Gilles LANNOY.
En 1991, j’ai renoncé à pêcher en club pour des raisons en rapport avec le sponsoring…En 1992 nous créons une nouvelle équipe composée de Blanchard, Fiers, Vilcocq et moi-même.
2 ans plus tard nous étions 3ème  au cpt de France des clubs et remportions la première finale SENSAS…Le club a évolué depuis et, dans sa forme actuelle, constitue avant tout une bande de copains hyper motivés rompus à la pêche d’équipe.  Je pense sans prétention que le Team Sensas Gravelines figure actuellement parmi les 5 meilleures équipes françaises…



3- quel est ta pêche de prédilection et comment l’abordes tu ? (Type de parcours préféré, approche que tu envisages, appâts, tapis ou non)

Je préfère la pêche à la canne et pratique peu le moulinet. J’affectionne les pêches de gardons à 11 m. Ce type de pêche est moins fréquent aujourd’hui qu’à mes débuts (la pêche des gros poissons est aujourd’hui privilégiée en compétition…)
Je choisis mes concours en essayant de ne retenir que des endroits plaisants (cadre, densité de poissons) : je ne vais plus sur certains parcours car je les considère comme peu intéressants sur le plan de la pêche bien entendu.
Je suis un adepte du tapis de terre et utilise le ver de vase dans la majorité des cas.
En compétition je fais des choix en fonction de mon expérience des parcours. Parfois je fais des choix différents des autres, les conséquences étant plus ou moins heureuses. J’essaie d’éviter les pêches stéréotypées…





4- on parle beaucoup de marche en canal à grand gabarit, quel est ton point de vue sur la question, comment abordes tu le sondage de tel poste et la façon dont tu vas y pêcher ?

Le sondage est important. Il ne faut pas à hésiter à décaler son poste à gauche ou à droite afin de pratiquer sur un fond régulier surtout pour les pêches de gardons et les pêches difficiles (rappelons qu’en concours on peut le faire de 20 % de la distance séparant les concurrents, 2 m à gauche ou à droite si l’espacement est de 10 m)
En grand gabarit il importe de pêcher sur ce que j’appelle une « table » : une zone rectangulaire (une longueur faisant face au pêcheur) sur laquelle on dépose les boules et qui permettra une pêche précise.
Dans tous les cas il est fondamental de déposer les boules et de faire passer la ligne à l’endroit ou sont supposés se trouver les poissons …Cela semble évident….Mais parfois des boules déposées 1m50 trop loin et c’est la catastrophe…C’est au pêcheur de s’adapter à la tenue des poissons et à leur humeur et pas l’inverse…C’est là qu’interviennent l’expérience et la connaissance des parcours. Il faut être observateur et enregistrer ces données au fil des années.
Cela reste malgré tout un exercice difficile, même pour les pêcheurs expérimentés !
C’est là que les échanges avec d’autres prennent toute leur importance : seul on avance moins vite…



5- ton point de vue sur l’interdiction de la fiente de pigeon, pas sur le coté médical qui est une précaution indispensable à mon avis, mais plutôt sur l’aspect du produit de remplacement à utiliser…….Quelles vont être les modifications que tu vas apporter à ton bac en général ?

L’interdiction de la fiente ne me pose pas de problème particulier….Je fais avec d’autant plus que c’est surtout l’hiver et sur les pêches de gardons que je l’utilise…Je n’ai pas apporté de modification particulière à mes amorces n’ayant pas de composant de rechange physiquement et mécaniquement identique…



6- Que penses tu des actuelles limitations en France, notamment les différences 59-62 ? Pour bien aborder une partie de pêche, penses tu que ces limitations soient réellement productives ??


Les limitations d’esches animales me semblent nécessaires. Elles doivent cependant être modulées en fonction du parcours, de la saison et des modes de pêche envisageables. Je trouve ridicule de limiter les esches à ¼ de litre dans une rivière canalisée, le grand gabarit ou un canal côtier profond d’1m50….
C’est malheureusement ce que l’on constate dans notre région. S’ajoutent les suspicions de triche…Certains opposent l’argument du coût…Qu’ils pensent à réaliser des économies sur d’autres postes de dépenses afin de les consacrer aux esches…
Par ailleurs on stéréotype les pêches en limitant trop. Certains concours autorisent le moulinet avec ¼ l d’esches ! Si le compétiteur envisage différentes options il saupoudre ! s’il mise tout sur une pêche il met tous ses œufs dans le même panier…



7- Question objectifs, quelle sera votre approche pour la Croatie (je rappelle que Bruno participera aux championnat du Monde des Clubs cette année) ?
Comment abordez vous ce grand rendez vous ?
Quel est votre état d’esprit ?


Le championnat du monde des clubs est l’objectif de la saison. Cela fait plusieurs mois que nous y travaillons. La phase dite théorique et administrative (recherche de sponsors, organisation du déplacement, logistique) se termine. Tout le monde est sur le pont et se démène. Nous partons à une douzaine et tentons d’avoir une approche professionnelle de la chose comme d’autres l’ont fait avant nous
Nous sommes très motivés. Ce sera peut-être notre seule participation à cette épreuve et on ne veut pas se louper, encore moins passer pour des rigolos.



8- que penses tu de la limitation des concours dans notre région à la grande canne, sachant que l’on reste moins polyvalent que les pêcheurs d’autres régions, tout au moins sur les parcours qui s’y prêtent ? (Bien sur pas de bolo en grand gabarit, mais pourquoi pas l’anglaise sur certains biefs où le poisson est réputé se tenir loin du bord)

Nous revenons à la problématique des pêches stéréotypées…Il faut laisser les talents s’exprimer….A qui profite cette situation ?


9- Quel est ton regard sur le monde de la compétition actuel et sur ce qui doit évoluer pour mieux fonctionner ?

Qu’elle soit de loisir ou de compétition, la pêche est malade…. Les causes sont multiples. Je    pourrais dire beaucoup de choses sur la question, mes fonctions associatives m’ayant permis d’identifier de nombreux dysfonctionnements…Je ne veux cependant en faire état ici…
La gestion de la pêche c’est un peu le Sénat…
Tout le monde s’accorde à dire que la pêche sportive de compétition n’est pas reconnue, médiatisée…Que les compétiteurs et les clubs notamment commencent eux-mêmes à se bouger en se faisant connaître auprès des instances sportives départementale et régionales.
A titre d’exemple la pêche en mer est reconnue comme sportive par la région Nord Pas de Calais : les clubs sont subventionnés pour un titre de champion de France et pour le championnat du monde. Ce n’est pas le cas pour nous : le Team Sensas Gravelines est agréé Jeunesse et Sports…En dépit de cet agrément sportif nous ne recevrons aucune subvention de ces collectivités….
Pourquoi ? Personne n’a jamais fait  grand chose dans ce sens…Il y a beaucoup à faire et peu de bonnes volontés….Si on ne fait rien il ne se passera rien !


10- un truc qui me tient à cœur : peux tu nous parler un peu de la municipalité de Gravelines et ce qu’elle fait pour la pêche en général (école de pêche, comment cela marche t-il ? organisation de concours, entretien des parcours, notamment des douves, un lieu magnifique…)

Gravelines a été récompensée par le journal L’Equipe comme ville la plus sportive dans sa catégorie. Ce n’est pas un mythe ! Le Team Sensas Gravelines est reconnu comme tel et est soutenu par la ville.
Une école de pêche municipale a été créée et l’AAPPMA et le Team Sensas lui apportent leur soutien
La municipalité est à l’écoute des pêcheurs …Nous sommes écoutés et reconnus même si tout est loin d’être parfait dans les douves (état des berges, gestion des niveaux d’eau…). Il faut sans cesse revendiquer.
Il y a beaucoup d’utilisateurs du site des douves et la cohabitation n’est pas toujours  aisée…
Quoiqu’il en soit il faut faire preuve de diplomatie et d’ouverture…

BRAVO BRUNO!!!!!! et merci  pour tes réponses

(interview réalisée en avril 2006)

 

http://img190.imageshack.us/img190/7224/287vh.jpg

<SONUBAITS